Les Crimes de Grindelwald : Les Animaux Fantastiques se font voler la vedette

Réalisation : David Yates

Scénario : J.K Rowling

Casting : Eddie Redmayne, Johnny Depp, Jude Law, Zoë Kravitz, Ezra Miller, Alison Sudol, Dan Fogler, Katherine Waterston, Callum Turner

Voilà deux ans que le premier volet des Animaux Fantastiques est sorti, la saga spin-off à Harry Potter écrite par J.K Rowling elle-même. En 2016, le projet de l’auteure pour cette nouvelle aventure en cinq épisodes semblait encore flou, la faute à un premier épisode flottant entre deux intrigues pas forcément bien connectées. Aujourd’hui, en 2018, sort le second volet de cette aventure, qui dévoile rien qu’avec l’affiche le choix adopté. Les Animaux Fantastiques, ce ne sera qu’un prétexte, pas un sujet de premier plan. Non, comme on pouvait le deviner, il s’agira surtout de dépeindre le règne de Grindelwald, mage noir suprême d’Europe. C’est ainsi que nous parvient Les Crimes de Grindelwald, qui devient le réel titre et sujet du film.

Même si Johnny Depp n’est pas présent à l’avant-première mondiale (et on comprend pourquoi), il amorce dans ce second volet sa véritable introduction à l’univers de Rowling, son personnage étant campé en grande partie par Colin Farell dans le premier. Plus de mystère, le visage de Grindelwald est bel et bien celui de Depp, qui s’offre le luxe d’ouvrir le film dans une scène d’évasion très spectaculaire et qui permet d’établir dans l’action toute la puissance de ce sorcier, aussi bien dans le combat que dans la supercherie. Mais c’est surtout une fois arrivé à Paris que le mage noir dévoile ce qu’il a à nous offrir. Loin de n’être qu’une incarnation caricaturale du Mal, Grindelwald dévoile un portrait tout en nuance qu’on n’osait pas lui imaginer. Fin manipulateur, il agira ici principalement dans l’apparence, dans le paraître. Si la raison d’être du personnage est réservée pour les volets à venir (du moins on l’espère), ce qui nous est présenté suffit pour le moment à le considérer comme un antagoniste de poids, notamment grâce au charisme que lui apporte un Johnny Depp bien plus sobre que ce qu’on pouvait craindre.

Mais si l’on veut être le plus honnête possible, on admettra que le centre réel du film se retrouve  en un autre personnage : Crédence, incarné à nouveau par Ezra Miller. Non, le jeune obscurius n’est pas mort, mais maintenant à la recherche de ses origines sur lesquelles les spéculations iront bon train. C’est sur ce questionnement que s’articule en réalité le film, puisque la quête de chaque personnage (consistant à retrouver un autre personnage) y mènera finalement. A partir de ce mystère, J.K Rowling développera son univers et notamment l’une des grandes familles de sorcier déjà présentée dans Harry Potter. S’il est toujours intéressant pour les fans d’en découvrir encore plus, cette intrigue et ses révélations s’avéreront artificielles et quasiment uniquement un élément de background. Et c’est bien dommage, puisqu’une grande partie des ajouts de casting s’articule justement autour de cette histoire. Avec autant de personnages, on se retrouve avec un trop peu de développement pour certains dont on peine à comprendre les actions, ou pire, à s’y intéresser. Même le casting du premier volet se retrouve noyé dans ce flot de personnages, d’intrigues et de sous-intrigues.

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Fort heureusement, l’ajout qui était le plus attendu est une réussite totale : Jude Law en Albus Dumbledore. Le talent de l’acteur n’est désormais plus à démontrer, mais il prouve ici qu’il était bel et bien un choix judicieux pour incarner ce personnage d’anthologie. On retrouve tout à fait les caractéristiques qui font du futur directeur ce qu’il est, tout en conservant une bonne marge d’évolution pour celui-ci. Son temps d’écran est également bien dosé : assez présent sans voler la vedette à Newt et Grindelwald. Bien entendu, son rôle s’inscrit ici dans la retenue et dans la passivité, mais on devine aisément que son rôle prendra en importance à mesure que son lien avec Grindelwald sera dévoilé. Il est d’ailleurs rassurant de voir que son inaction face à son ancien amant se justifie par plus qu’une question de sentiments. Ainsi, si le personnage correspond à ce que l’on en attendait, Rowling a choisi d’étoffer ce qu’elle avait déjà présenté dans les livres et de réserver des surprises inconnues mêmes aux yeux des plus connaisseurs.

Avec Dumbledore, c’est bien entendu le château de Poudlard qui fait également son retour, et par la mise en scène d’un habitué des lieux : David Yates, qui avait réalisé les quatre derniers volets de Harry Potter. Bien qu’à l’instar du professeur, l’endroit ne réserve ici pas de surprise, on ne peut cacher son émotion face à un lieu qui a abrité tant de souvenirs, d’autant plus quand il est mis en scène de la même façon qu’auparavant, Yates allant même dans l’hommage stricte à certaines scènes. Soit, la nouveauté ne viendra pas de ces lieux, mais le réalisateur a dans ce volet un tout nouveau terrain de jeu : la ville de Paris. Comme avec Londres ou New-York, Yates montre savoir gérer les terrains urbains, et les français seront heureux de voir cet univers s’ancrer dans des lieux aussi familiers que le cimetière du Père Lachaise. Néanmoins, on ressort de ce visionnage avec moins d’étoiles dans les yeux que lors du précédent volet. Là où New-York sentait la nouveauté à plein nez, la luminosité, l’ingéniosité, Paris se montre ici assez morne, toujours teintée de gris et de bleu, avec des décors moins étonnants. David Yates était parvenu dans le premier volet à étendre l’univers de Rowling tout en lui apportant une richesse incroyable de nouveautés, mais semble ici moins inspiré, possiblement parce que la saga opère un retour en Europe. Il faut aussi dire que l’abondance de personnages ne permet pas forcément de se concentrer sur l’emballage, bien qu’on retrouve encore une fois des merveilles visuelles (et notamment au niveau du bestiaire). Poursuivre cet univers avec les technologies d’aujourd’hui, c’est un réel atout pour la saga, même si la magie de Harry Potter pourrait à côté sembler plus enfantine. Bref, moins inventif que le précédent, mais toujours sublime.

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Un volet qui suffit à convaincre de la pertinence de la saga ?

Difficile de statuer sur la supériorité ou non de ce second volet par rapport à son aîné de deux ans. J.K. Rowling a visiblement acquit une meilleure maîtrise de l’écriture du format film, mais comme on pouvait s’en douter, au prix des Animaux Fantastiques. Ce choix est visiblement le meilleur à faire, le concept unique du zoologiste étant limité pour une nouvelle saga. Heureusement, l’auteure ne perd pas complètement de vue son ambition première, Newt et son univers étant le point d’ancrage de cette nouvelle aventure, mais il faudra encore attendre les prochains volets pour voir si le personnage aura une réelle importance ou ne sera que spectateur relatif des événements. Et malheureusement, le scénario, même si plus adapté et marqué de séquences très réussies, recèle encore de défauts bien apparent : le film s’embourbe dans de fausses pistes sur lesquelles le spectateur manque d’investissement, ralentissant l’avancée de l’histoire principale. Avec une partie visuelle en deçà du précédent volet, le bilan rationnel n’est pas encore à la hauteur du potentiel. Mais le monde de Rowling est un univers magique, et la magie est bel et bien présente. Ce monde continue de passionner par certains de ses personnages, ses concepts et ses décors, on ressort de la séance avec un ressenti bien positif et une envie d’assister à la suite de cette nouvelle fresque épique.

Pour retrouver ma critique du premier volet, c’est par ici

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