[Review ciné] Les Animaux Fantastiques (No Spoiler)

Réalisation : David Yates

Scénario : J.K Rowling

Acteurs : Eddie Redmayne, Katherine Waterson, Dan Fogler, Alison Sudol, Colin Farell, Ezra Miller…


Neuf ans après la fin de la saga Harry Potter en roman et cinq ans pour la saga cinématographique, J.K Rowling décide de retourner dans l’univers qui lui a tant apporté. Cette fois-ci elle nous fait plonger dans le New-York des années 1920 en compagnie de Newt Scamander, un magizoologiste anglais.

La choix de Rowling de se servir du livre Vie et habitat des animaux fantastiques comme base est d’emblée étrange. En effet, ce livre n’a pas d’autre vocation que d’être un bonus sur l’univers, ainsi qu’un des manuels des élèves de Poudlard. Soit, elle pouvait choisir de ne s’en servir que comme d’une fondation pour aller beaucoup plus loin, et c’est ce qui est fait, mais seulement à moitié. Une grande partie du film repose sur le fait que certains des animaux que contenait la malle de Newt se sont échappés dans New-York, et que celui-ci, accompagné d’un moldu (ou non-mage ici) parcourt la ville afin de les récupérer. Le premier problème que cela pose, c’est l’absence d’enjeu, puisque ces animaux sont généralement inoffensifs. Les retrouver est principalement un objectif de principe, également dirigé par l’affection que leur porte Newt. Cela soulève tout de même un problème plus important, puisque la présence de sorciers risque alors d’être révélée, dans un moment des plus critiques. En effet, une présence fait des ravages à New-York, et les animaux (en général) sont donc interdits, étant les principaux suspects de ces attaques. Quand Newt arrive avec une malle plein d’animaux, c’est justement sur lui que l’attention se porte, devenant ainsi le suspect n°1. Mais ces deux éléments, à savoir la fuite de ces animaux et les attaques de magie noire ayant lieu à New-York, sont quelques peu hétérogènes : ils ne s’assemblent pas vraiment, et l’on a alors l’impression d’assister à deux histoires bien différentes, sans véritables liens entre elles.

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Ce problème vient à mon avis de la scénariste elle-même en grande partie, qui écrit pour la première fois une histoire inédite pour un film, qui est un médium bien différent de la littérature. Ainsi, l’oeuvre qu’on nous propose ne ressemble pas tellement à un film au niveau de sa structure. Surgit alors de cela des facilités et raccourcis scénaristiques, une histoire quelque peu brouillonne, et un rythme inégal. En effet, les scènes ayant rapport aux animaux, bien qu’intéressantes, ralentissent le rythme du film. Ces dernières sont fort sympathiques, très bien réalisées, pleines d’idées intéressantes, mais n’aboutissent à rien de concret. Elles sont là pour justifier le titre du film, pour développer le personnage principal, enrichir l’univers, ébahir le spectateur, mais ne font aucunement avancer le scénario. Ce sont là des scènes d’exposition de l’univers, ni plus ni moins. En parallèle, l’intrigue ayant un réel impact sur le monde et une véritable visée scénaristique manque de temps pour vraiment s’installer et développer ses concepts, qui semblent alors flous, brouillons, alors qu’elle semble très intéressante et mériterait que l’on s’y attarde plus. De là à dire que le concept des animaux fantastiques nuit au film, il n’y a qu’un pas. Ce sont ces raisons qui me font penser que le problème survient de l’écriture de Rowling. Une exposition prolongée fonctionne dans un roman, moins dans un film, qui se doit d’avoir une feuille de route fluide ainsi qu’un rythme régulier.

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En dehors de cela, cette histoire d’animaux est clairement plaisante tant ce qu’y s’y rapporte est bien réalisé. Les concepts sont originaux, les designs également, aucun soucis de ce côté. L’on ne peut qu’être émerveillé par le déploiement intense d’effets spéciaux afin de créer un monde vraiment magique, ainsi que par le travail réalisé par l’acteur Eddie Redmayne afin d’avoir un comportement semblable à celui d’un zoologiste (il s’est d’ailleurs formé auprès de quelques spécialistes). Les interactions qu’ont ces animaux avec les décors New-Yorkais et les personnages sont généralement bien pensées et prêtent à l’humour, qui est très présent dans ce film. Le « zoo » que contient la malle est également incroyable visuellement et nous fait plonger dans un monde complètement neuf et magique. David Yates nous propose ici quelque chose de jamais vu et nous en met plein les yeux.

Ce réalisateur est un habitué de l’univers de Rowling, puisqu’il a réalisé les quatre derniers volets de la saga Harry Potter. Son retour sur cet opus et sur les prochains à venir prouve que sa vision de l’univers concorde parfaitement avec celle de sa créatrice. Ceux qui appréciaient déjà le travail qu’il avait effectué sur Harry Potter ne seront pas déçus puisqu’on reste ici sur cette lignée, à savoir l’importation de cette magie dans un univers fondamentalement réaliste. L’une des techniques qu’il a d’ailleurs utilisé sur la saga fait ici son retour, c’est l’introduction par les unes de journaux, ce qui fonctionne particulièrement bien, même si aurait gagné à se poser d’avantage. Cependant, Yates semble pousser encore plus loin sa réalisation, nous offrant ainsi des plans et une esthétique magnifiques, et plus généralement un nouvel univers très réussi. La reconstitution du New-York des années 20 est parfaite, et les nouveautés, comme le bâtiment du MACUSA (Magical Congress  of the United States of America), sorte de ministère de la magie américain, regorgent de nouvelles idées liées à ce que l’on avait déjà vu dans Harry Potter. Yates, avec Rowling, a réussi à créer une identité visuelle propre au monde la magie américain, tout en restant cohérent avec le reste de l’univers. Du très beau travail.

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Plus qu’une identité visuelle, c’est tout un nouveau fonctionnement qui nous est proposé dans ce film. Rowling a su se servir de l’histoire des États-Unis pour renforcer l’intégration de son récit dans son époque, avec notamment la chasse aux sorcières. La crainte d’être découvert par les non-mages et d’être persécuté par ces deniers est ici plus présente qu’au Royaume-Uni des années 90 et c’est sur cela que repose une partie du film. Paradoxalement, nous avons dans ce film une utilisation de la magie bien plus fréquente et courante que ce qu’Harry Potter nous avait proposé. A titre d’exemple, le transplanage, qui restait occasionnel, est ici utilisé même pour de très courtes distances, et notamment dans les scènes d’actions. Ici encore, l’usage de la magie est plus poussé et systématique, Yates en profitant pour nous donner de la destruction à grande échelle et des combats très dynamiques. Néanmoins, l’action semble parfois confuse, ou plutôt, ce sont les intentions de certains personnages qui le sont, notamment dans la scène finale, mais pas seulement. Un autre défaut de la réalisation qui est à signaler est le rythme parfois mal géré, particulièrement lors des adieux, qui s’éternisent légèrement, alors que ce temps aurait pu être consacré à développer un peu plus l’intrigue parallèle. Mais l’on peut excuser cela par le fait qu’à priori, nous ne reverrons pas ces personnages (ou tout du moins, pas de sitôt), d’où la nécessité de leur offrir des au revoir mémorables.

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Une autre réussite du film, ce sont les personnages, qui sont tous interprétés à merveille. Il est ici question de subjectivité évidente, mais j’ai personnellement apprécié immédiatement le personnage de Newt Scamander, grâce à une interprétation d’Eddie Redmayne parfaitement dosée. Son attachement aux animaux magiques et son dévouement à leur protection ne peut qu’en faire un personnage attachant lui aussi, d’autant plus qu’il s’en dégage une certaine jovialité mêlée de timidité. En effet, Newt semble beaucoup plus à l’aise avec les animaux, qu’il connaît parfaitement, qu’avec les humains, sans être pour autant asocial. Un élément m’a cependant un peu gêné : la tentative peu subtile de lui apporter un background mystérieux tout en n’en disant pas trop. Le but est bien évidemment de rendre le personnage profond et de nous donner envie d’en découvrir plus sur lui à travers les suites, mais il était difficile de ne pas en voir les ficelles, même s’il est appréciable d’avoir des références à la première saga de Rowling.

Sans faire le tour de tous les personnages, ce qui serait très long tant la galerie offerte ici est complète, on peut saluer la performance de Colin Farell qui nous offre un auror tout en ambiguïté et en mystère, ainsi que celle d’Ezra Miller tout en intériorité (cet acteur est réellement prometteur). Les compères de Newt ne sont pas en reste avec un Dan Fogler jouant un moldu happé par l’aventure magique qui apporte beaucoup d’humour, une Katherine Waterston en ex-auror tentant de retrouver sa place, ou encore Alison Sudol en petite-sœur de cette dernière, tout en charme. L’efficacité de Rowling à rendre ses personnages immédiatement attachants est encore une fois bien évidente.

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Finissons en abordant l’avenir de la saga, qui semble, après visionnage, plutôt flou, même si l’on peut déjà émettre des hypothèses. Il a été annoncé il y a peu que le prochain opus se déroulera à Paris en 1928, et mettra en scène la relation ambiguë liant Grindelwald (joué par Johnny Depp) et Dumbledore. Ainsi, il apparaît relativement flagrant que la véritable intention de J.K Rowling est de traiter à l’écran de l’ascension et de la défaite du célèbre mage noir frappant en Europe avant même la naissance de Tom Jedusor, traitées en surface dans Les Reliques de la Mort. Cette intrigue semble d’ores et déjà passionnante au travers ce que les livres nous ont déjà fournis, ainsi que par l’introduction offerte dans ce film, qui, même si confuse n’en est pas moins prometteuse. Mais quid des animaux fantastiques, qui sont quand même censés être le sujet principal de cette saga ? L’on peut imaginer qu’à chaque opus, Newt Scamander se rendra dans un nouveau pays afin de collecter de nouvelles informations sur les animaux magiques, et sera témoin de l’ascension de Grindelwald en parallèle, qui sera le véritable sujet. Mais cela semble être un projet tout de même dangereux, tant on a eu la preuve dans ce premier volet qu’il est difficile à Rowling de mêler efficacement cette histoire d’animaux et l’intrigue de Grindelwald. Il y a véritablement des raisons de s’inquiéter quant au futur de la saga dont le projet semble confus dès le premier épisode, mais on laissera à Rowling le bénéfice du doute, qui peut d’ici là s’améliorer sur cet exercice. Il serait dommage de rater le coche, tant il est évident que l’écrivaine a encore beaucoup de choses passionnantes à raconter.

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