Détective Pikachu : Pokémon doit-il devenir adulte et réaliste ?

Bien que le projet fût annoncé il y a de nombreux mois avec le jeu-vidéo associé, ce n’est que cette semaine que l’Internet a véritablement réagi à Détective Pikachu. Pour cause : une première bande-annonce assez surprenante pour qui ne savait rien de ce projet. Les Pokémon ont franchi la barrière du réel, ils ne sont plus les créatures lisses que nous connaissions, mais se voient pourvus de poils. Les petites villes des jeux-vidéos laissent place à une métropole réaliste ultra-vivante où cohabitent réellement humains et Pokémon. C’est une nouvelle vision d’un univers vieux de vingt ans qui s’ouvre à nous.

« Mais c’est une hérésie, depuis quand Pikachu est un détective ? »

Detective Pikachu

Bon, déjà, il faut savoir que ce film n’est « que » l’adaptation du jeu-vidéo éponyme étant sorti fin 2017. Un jeu qui mettait déjà en scène un Pikachu qui parle, ou tout du moins qu’un jeune homme peut comprendre. Un Pikachu qui portait le couvre-chef de Sherlock Holmes pour signifier qu’il est lui aussi un grand détective. Pour qui pense qu’il s’agit d’une traîtrise envers un univers qu’il ne connait probablement que de loin, faut-il rappeler que les Pokémon ne sont pas simplement les animaux d’un monde créé par Satoshi Tajiri ? Dotés d’une conscience plus ou moins évoluée, ils ne sont pas conduits que par un instinct propre à leur espèce. Bien que tous soient regroupés sous le même numéro dans le Pokédex, ces êtres se démarquent en tant qu’individus quand la franchise le leur permet. Le Pikachu de Sacha a son propre caractère, alors pourquoi pas celui du film ? Quant à sa faculté de parler, il n’est pas non plus le premier puisque Miaouss assure cette fonction dans l’animé depuis ses débuts. La souris électrique en est elle aussi capable d’une certaine façon, le compagnon de Sacha s’exprimant à lui avec des mots dans le film 20 Pokémon : Je te choisis !

« Enfin un Pokémon pour les grands ! »

Pokémon est une franchise vieille de vingt ans, elle a vu grandir avec elle nombre d’enfants désormais adultes. Mais contrairement à Harry Potter, la licence n’a pas « grandi » avec son public, elle est restée fidèle à ce qu’elle était, le cœur de cible restant les enfants. Il ne s’agit pas d’une histoire unique, une fresque à suivre, mais une saga de jeux dont les compteurs sont remis à zéro ou presque à chaque nouvelle sortie. Ce n’est pas non plus les adaptations animées qui contrediront ce constat puisque Sacha subit plus ou moins les mêmes « reboots » à chaque nouvelle génération.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sur l’Internet, on peut trouver nombre de commentaires qui scandent « On veut un jeu Pokémon pour les adultes, pas cette daube pour enfants » qui oublient que cette daube c’est plus ou moins ce à quoi ils ont joué à l’époque. Avec l’arrivée de la Switch et des nouvelles possibilités graphiques permises pour Nintendo, ainsi que le renouveau de la licence Zelda avec Breath of the Wild, c’est en cette console que les espoirs se sont placés. Pas de bol, Pokémon Let’s Go reste ciblé pour les enfants, les graphismes et l’histoire qui va avec. A quand les Pokémon ultra réalistes que l’on peut voir en fan-arts, transformant les bestioles de notre enfance en terrifiantes créatures qui n’ont plus grand-chose à voir avec les modèles originaux ? Détective Pikachu apporte en partie une réponse satisfaisante à cette demande. Puisque le parti pris est d’inscrire les Pokémon dans notre monde, ceux-ci voient leur design un peu revu, notamment en termes de texture. Certains trouveront que c’est déjà le pas de trop, que Pokémon devrait rester à sa place, d’autres trouveront que Warner Bros manque d’audace.

Realistic Pokemon
Fan-art par Arvalis

Pour savoir si le parti pris est le bon, il s’agit de se demander simplement : qu’est-ce-qu’un Pokémon ? Beaucoup et peu de choses à la fois. Difficile de donner une définition précise, on conviendra simplement que ce sont des créatures inspirées d’animaux, de végétaux ou même d’objets conçus par un groupe d’artistes approuvé par GameFreak (je vous renvoie à l’excellente vidéo de la chaîne Trans sur le sujet) . Les graphistes ayant créé les premiers Pokémon n’étant plus forcément les mêmes que ceux qui les créent aujourd’hui, les joueurs ne se retrouvent pas nécessairement dans les nouvelles créatures créées, et pourtant… Pourtant, il y a au moins un trait commun à toutes ces créatures : c’est leur design simpliste et lisse, adapté aux enfants. Si on ne garde pas cette innocence dans le design (et dans bien d’autres éléments), on perd l’ADN de la licence. Par essence, Pokémon est une franchise dont tous les éléments sont calibrés pour que les plus jeunes y adhèrent. Mais cela ne signifie pas pour autant que les plus âgés en sont exclus, bien au contraire.

Ryme City, la cité frontière de deux mondes

Au-delà de l’apparence de ces peluches vivantes (niveau marketing ça va encore grimper d’un cran), il faut parler de l’histoire et de la ville où prend place l’action. Comme dans le jeu vidéo, il s’agit de l’histoire de Tim Goodman, un jeune homme à la recherche de son père disparu. Détective privé, il enquêtait avec le fameux Pikachu sur une affaire de Pokémon devenant mystérieusement sauvages. Vous l’aurez compris, Tim (que l’on incarne) et Pikacholmes (petit surnom de ma composition) enquêtent à leur tour sur ces événements et sur la disparition d’Harry Goodman à travers les rues de Ryme City, une ville inédite et singulière créée pour l’occasion.

Si on nous présente dès le début de la bande-annonce une cité à la limite de l’utopie où humains et Pokémon vivent en harmonie, la richesse de vie et de nuance s’y trouvant la démarque des autres grandes villes croisées dans les jeux et animés. Ce constat s’explique directement par le format de cette histoire : celle d’un film en live-action où le but est de rendre l’univers plus grand et réel que jamais auparavant. Ryme City fourmille de vie, de personnes allant dans tous les sens, de bâtiments à n’en plus compter : bref, une vraie métropole digne de Tokyo. Elle sera le théâtre d’une enquête qui mènera les héros à côtoyer des lieux très divers, dont des rues et enseignes sombres, parées de néons comme le souligne particulièrement le premier poster. L’aspect policier déjà abordé à Illumis dans Pokémon XY est ici poussé plus loin, donnant au long-métrage des airs de film noir.

Plus qu’une cité se plaçant dans l’univers de Pokémon, il semble s’agir d’une métropole du monde réel qui s’adapte aux spécificités de Pokémon. La frontière entre les deux mondes n’a jamais été aussi floue. Un exemple particulièrement parlant est celui de Tim, que l’on apprend avoir caressé le rêve de devenir un grand dresseur de Pokémon avant d’échouer et de revenir à une vie plus banale, plus réelle. Voir ce personnage qui contemple nostalgique les posters des différentes ligues Pokémon, sur lesquels les designs des créatures sont restés fidèles aux jeux, suffit à comprendre où la licence se dirige avec Détective Pikachu, où les histoires de dresseurs semblent presque considérés comme des rêves d’enfant ici aussi. Tim représente en quelque sorte l’ancien joueur de Pokémon, désillusionné, pour qui ces jeux restent un souvenir d’émerveillement, et qui à travers cette redécouverte de cet univers, cherchera à retrouver cet enchantement en même temps que son père. A n’en pas douter, si Détective Pikachu s’annonce en effet plus adulte et réaliste, il conservera l’essence positive et merveilleuse qui a su faire rêver plusieurs générations.

Un commentaire sur « Détective Pikachu : Pokémon doit-il devenir adulte et réaliste ? »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s