[Review Ciné] Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar (Sans spoiler)

Réalisation : Joachim Rønning & Espen Sandberg

Scénario : Jeff Nathanson & Terry Rossio

Acteurs : Johnny Depp, Javier Bardem, Geoffrey Rush, Brenton Thwaites, Kaya Scodelario…

Date de sortie : 24 mai 2017 (France)


Six ans après la réception mitigée du quatrième volet de la franchise, La Fontaine de Jouvence, Jack Sparrow nous revient enfin dans les salles obscures. Avec la promesse de revoir Elizabeth Swann et Will Turner, la franchise admet en quelque sorte un échec, mais cela est-il suffisant pour raviver la flamme ? L’attente en vaut-elle la chandelle ? La saga a-t-elle réussi à renouer avec ce qui a fait son succès ?

Le film commence avec l’avorton Turner, Henry, que l’on avait déjà pu voir dans la scène post-générique du troisième volet. Celui-ci prépare une expédition solitaire afin de retrouver son père, désormais capitaine du Hollandais Volant, et par conséquent, maudit, ce qui a pour conséquence de le condamner à la mer à l’exception d’un jour par décennie. Dès le départ, on est frappé par la témérité et l’audace du garçon, qui n’hésite pas une seconde à mettre sa vie en péril pour retrouver son père. Le contexte est lancé ici : Henry souhaite libérer son papounet de sa malédiction, et est bien décidé à retrouver le capitaine Jack Sparrow, devenue une légende, pour l’aider à retrouver un artefact ayant cette faculté : le trident de Poséidon. Autant dire que cette introduction est efficace et permet de lancer ce volet de manière cohérente en y incorporant les différents protagonistes de façon naturelle. Mais la suite ne s’avère pas au niveau de l’introduction…

Jack Jack Jack… Ce cher Jack. Le contraste est fort, l’illusion est brisée : cinq ans après La Fontaine de Jouvence, loin d’être une légende, celui-ci se retrouve n’être qu’un pirate raté, alcoolique, et sans navire. Le personnage a toujours fluctué entre la grandeur et l’échec, c’est une constante, et cela permet un point d’entrée intéressant à l’aube de ce cinquième volet. Mais voilà, la chose n’est traitée qu’en surface et ne sert principalement qu’à servir de trait d’humour. Dans un Pirates des Caraïbes, on ne recherche pas forcément une profondeur intense, mais un minimum est tout de même demandé. C’est d’ailleurs un problème qui se posera chez tous les personnages : un manque de développement.

PIRATES OF THE CARIBBEAN: DEAD MEN TELL NO TALES

Johnny Depp, c’est un peu son personnage. Depuis quelques années, il a perdu de sa superbe, il n’est souvent que l’ombre de lui-même et se retrouve à s’auto-plagier dans la plupart de ses films au point d’en devenir une caricature. Et malheureusement, c’est exactement cela que l’on retrouve ici : même en tant que personnage pathétique, Depp a du mal à convaincre, son jeu est usé. Il est important de préciser que j’ai vu le film en VF, mais autant dans les répliques que dans le jeu de l’acteur, tout cela sent le réchauffé et ne séduit plus autant qu’avant.  Fort heureusement, deux scènes permettent d’approfondir d’avantage son désespoir, mais cela ne suffira cependant pas à convaincre véritablement. D’autant plus quand le personnage reste ainsi tout au long du film et n’arrivera jamais à retrouver sa grandeur passée, allant même jusqu’à devenir le spectateur de sa propre histoire.

A côté de cela, la principale nouveauté de cet opus, c’est l’introduction de deux nouveaux personnages : Henry Turner et Carina Smyth, une scientifique condamnée pour sorcellerie. En effet, celle-ci est une astronome, et il est intéressant de voir que les spécificités de l’époque sont encore exploitées un minimum, comme la chasse aux sorcières et l’incompréhension de la science moderne. C’est elle qui permettra à l’équipage de parvenir à l’artefact tant recherché, tout d’abord par ces deux jeunes personnes, puis par Jack qui se verra rejoindre l’aventure contraint par la menace d’un ancien ennemi. L’intérêt du trident de Poséidon, c’est de pouvoir annuler toutes les malédictions maritimes, source de toutes les péripéties auxquelles nous avons pu assister dans la saga jusqu’à présent. Mais ce trident de Poséidon n’en portera que le nom puisqu’il n’est jamais fait mention du célèbre dieu grec des océans, ce qui est dommage puisque cela aurait pu apporter d’avantage d’enjeu et de mysticité. Cet élément est clairement manquant, tout comme dans le précédent volet. Ce n’est pas parce que la trilogie a déjà traitée de beaucoup de mythes que le spectateur ne peut plus être émerveillé, seulement, il faut y mettre du sien. Plus que l’objet en lui-même, c’est le chemin pour y parvenir qui n’a pas vraiment de sens, qui est traité vraiment très en surface et bénéficie de zones de flou.

4232310

Si la route menant au trident n’a qu’aussi peu de sens, c’est aussi du à la personne qui indique cette route. Du à un traitement superficiel, Carina se voit uniquement résumé à des paroles, et jamais à des actes : nous ne la voyons jamais faire un réel travail d’astronome. Ainsi, on se retrouve à la fin du film à la localisation du trident sans réellement savoir comment, donnant une impression de trouvaille due à la chance. En fait, les personnages ne sont définis dans ce film que par un but : Carina veut prouver qu’elle est à la hauteur de son père, et Henry veut simplement retrouver son père, sans rien avoir de vraiment plus, mis à part du courage. Ce couple de nouveaux personnages est un soulagement et en même temps une déception : la promotion du film laissait croire qu’on aurait le droit à un couple Will-Elizabeth bis afin de revenir aux meilleurs heures de la saga, mais il n’en est rien, ou presque. Les personnages sont suffisamment éloignés de leurs prédécesseurs pour qu’on les confonde, notamment dans ce qui les amène dans l’histoire, mais ne parviennent jamais à avoir une réelle alchimie comme pouvait l’avoir le couple de la trilogie. Cela ne sonne pas naturel, assez faux, ce qui est probablement du au manque de développement individuel évoqué précédemment. Là où l’on peut clairement voir que même les scénaristes s’en rendent compte, c’est quand la légitimité de Carina dans le film se voit justifiée par une ficelle bien visible et assez clichée, même si cela reste cohérent avec l’époque et le milieu des pirates.

Comme à chaque film, un pan de la vie de Jack est exploré, et en ressort un vieil ennemi. Parce que si une chose n’a pas changée, c’est bien son aptitude à s’attirer les ennuis. Pour la première fois, le film nous livre une séquence de flash-back, alors que son passé n’était que raconté oralement jusque là. Au programme, un Johnny Depp rajeuni numériquement (qui passe plutôt bien par ailleurs) qui fait face à un chasseur de pirates, le Capitaine Salazar. Ainsi, on apprend ici comment Jack est devenu capitaine, comment il a eu son fameux compas qui ne cesse de fasciner depuis le premier volet, et accessoirement, comment il s’est mis à dos Salazar. Sans surprise, cet ennemi reviendra sous la forme de mort-vivant afin de se venger de Jack : c’est une constante. L’acteur choisi pour ce rôle n’est pas sans talent, loin de là, c’est Javier Bardem, l’acteur caméléon (et mari de Penelope Cruz, présente dans le volet précédent). Et pourtant, on a à faire ici au vilain le moins réussi de la saga, en compétition avec Barbe Noire. En effet, ce personnage est unidimensionnel : sa seule motivation est de chasser les pirates, et ici, plus spécifiquement Jack, responsable de sa malédiction. Avoir cela après être passé par Barbossa et Davy Jones, ce n’est pas très glorieux. Notons tout de même l’aspect physique plutôt inventif de Salazar : on a ici un mélange de maquillage pour son visage craquelé et blanchâtre, de la bave noire qui dégouline de sa bouche, et des CGI pour donner l’impression que son visage n’est pas entier et que ses cheveux bougent par eux-mêmes. Cela rend d’autant plus dommage le rôle anecdotique du personnage dans la saga, qui n’aura de terrifiant que son apparence, ses expressions de visage étant parfois ridicules dans le but de faire rire, probablement.

PIRATES OF THE CARIBBEAN: DEAD MEN TELL NO TALES

Qui dit capitaine maudit, dit équipage maudit également, et à l’image du dit capitaine. Ainsi on retrouve un équipage à l’apparence quasi similaire à Salazar, en moins poussé, parce qu’il faut bien montrer qui est le patron. Le point positif est que le film nous livre encore une fois quelque chose de différent esthétiquement, et cet équipage restera probablement plus mémorable que celui du quatrième volet, qui n’avait pas tellement d’identité. Cependant, cela ne le rend pas particulièrement marquant pour autant : fait entièrement de CGI (à priori), le tout rend très lisse, là où la trilogie nous donnait un aspect global plus rugueux et palpable. Les batailles ne sont pas particulièrement mémorables non plus, elles manquent d’épique, d’inventivité, et ne sont ni aidées par l’enjeu, qui est assez pauvre, ni par la musique, oubliable à souhait si l’on excepte le thème d’Hans Zimmer, qui ne suffit malheureusement plus à lui seul. Le ressenti global après visionnage est un manque de voyage : tout comme le précédent volet, l’action se passe très souvent à terre, là où les trois premiers nous faisaient voyager dans des contrées inconnues. On notera tout de même l’effort effectué pour l’île abritant le trident, dont l’effet voulu est assez réussi, et qui a défaut de nous faire voyager dans l’océan, nous fait voyager dans le ciel. Le résultat n’est cependant pas mauvais du tout : la réalisation fait le job et nous offre un bon spectacle ainsi que des séquences assez drôles, un élément indispensable pour cette saga.

Ni mauvais, ni vraiment bon, ce cinquième opus de la franchise reste cependant un bon divertissement pour peu qu’on n’ait pas placé trop d’attentes dedans. Le potentiel de la franchise est toujours réel mais semble avoir du mal à être exploité depuis la fin de la trilogie. Une suite d’un meilleur niveau est toujours possible, notamment avec le retour d’un célèbre personnage teasé lors de la scène post-générique et si Will et Elizabeth reviennent réellement comme cela avait été promis pour ce volet. Le mélange entre le retour aux sources et l’inédit est difficile à trouver, mais il est pourtant réalisable. Reste à voir maintenant si le public est prêt à donner sa chance à un potentiel sixième volet.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s