I Am Not Okay With This : La série calculée pour le succès

Vendue comme l’héritière de Stranger Things et The End of the F***ing World, I Am Not Okay With This est la nouvelle série phare de Netflix. Créée par les producteurs de la première les réalisateurs de la seconde, la série ajoute à son cocktail deux acteurs de Ça : Sophia Lillis et Wyatt Oleff. Tout semble fait pour être un succès à l’instar de ses inspirations, mais est-ce aussi simple ?

Une promotion sans équivoque

Alors qu’était annoncé I Am Not Okay With This, la série se reposait déjà sur les deux œuvres dont elle est l’héritière. Au fil de sa promotion, il devenait évident qu’il ne s’agissait pas simplement d’une belle phrase d’accroche, mais presque d’une formule mathématique : Stranger Things + The End of the F***ing World = I Am Not Okay With This. En effet, dans sa bande-annonce, la série nous présentait Sydney, désabusée, perdue, peu sociable, qui faisait la rencontre d’un adolescent lui aussi marginal. La nouveauté par rapport à TEOTFW, c’est l’ajout de pouvoirs télékinétiques à l’héroïne, à la Stranger Things, histoire de créer un mélange explosif. Au bout, la promesse d’une situation irréaliste : Sydney couverte de sang, probablement l’auteure d’un meurtre, ce sur quoi Netflix a beaucoup joué.

Sydney est couverte de sang

Bref, une unique bande-annonce nous annonçait déjà très bien la couleur à venir, et le public visé. Fan des deux séries dont I Am Not Okay With This se targue être l’héritière, je n’ai pas résisté à l’appel de Netflix, bien que légèrement dubitatif devant cet aveu non caché de facilité. Et comme chacun pouvait s’en douter : la série est bien à l’image de ce qu’elle annonçait. A TEOTFW, I Am Not Okay With This reprend son format court, son montage dynamique, son ambiance musicale, son ton désinvolte, son esthétique rétro, sa structure narrative et ses personnages marginaux. De la même façon, la mère de Sydney ne comprend rien, personne ne le peut, c’est elle face au reste du monde. Les deux séries étant originalement des bande-dessinées écrites par Charles Forman, on comprend les grandes similitudes, mais Netflix les a clairement accentuées.

Se démarquer pour mieux lorgner

Bien heureusement, I Am Not Okay With This se démarque tout de même de sa grande sœur, à commencer par la dynamique des deux protagonistes. Là où on aurait pu s’attendre à un classique développement de relation amoureuse, la série décide de briser rapidement cette idée. A l’instar de Sex Education, pour citer une autre série Netflix, il est aussi question de découvrir son orientation sexuelle et romantique, ce qu’on comprend rapidement avec la dynamique qu’entretiennent Sydney et Dina, son amie populaire. Le lycée a ainsi une place importante, les enjeux mais aussi la légèreté qui vont avec, là où TEOTFW s’en exemptait pour nous dépeindre deux adolescents fuyant leur quotidien maussade à travers un road-trip. Avec cette dynamique, chaque épisode appelait clairement au visionnage du suivant, à suivre la route. En revanche, I Am Not Okay With This se veut bien plus statique, les personnages restant coincés dans leur ville, dans leur vie. Par conséquent, l’appel de la suite est moins fort au départ mais toujours présent.

Sydney et Stan au bowling

Comme le laissait déjà deviner la mention de Stranger Things, I Am Not Okay With This fait aussi la part belle au surnaturel, bien qu’elle se montre timide dans cette première saison. Ce n’est en effet qu’en toile de fond qu’un univers plus grand et mystérieux se dessiner, pour ne se révéler que lors du cliffhanger final. Jusqu’ici, les pouvoirs de Sydney sont surtout sujets aux questionnements, faisant lorgner la série du côté des super-héros en rappelant le film Shazam. Surtout, ils permettent d’exprimer très explicitement ses émotions, de la même façon que ne le fait la narration à la première personne.

Particulièrement utilisée actuellement dans les séries « adolescentes », que ce soit TEOTFW, You ou 13 Reasons Why, le procédé est très efficace tant il donne au spectateur le sentiment qu’on s’adresse directement à lui, sans artifice, sans mensonge. Le protagoniste nous livre ses états d’esprit les plus sincères et profonds, même s’ils ne sont pas particulièrement sain, il est transparent. Nul besoin de faire preuve de subtilité dans la retranscription des émotions, c’est la simplicité même, voir la voie de la facilité. Dommage que la série n’ait pas un peu plus confiance en son public, et par extension en ses acteurs qui ne manquent pas de talent.

Sydney fait une crise d'angoisse

C’est d’ailleurs à de nombreuses reprises que la série semble prendre les spectateurs par la main, notamment sur les métaphores que sont les pouvoirs de Sydney. D’abord de son orientation sexuelle cachée, puis de l’anxiété, la dépression. Sous ses apparences, la série cache en fait un récit bien humain, celui du suicide d’un père et du sentiment d’abandon laissé sur ses enfants. A mon sens, il s’agit là de la véritable force de I Am Not Okay With This, qui livre un traitement plutôt honnête et dans lequel j’ai même pu, d’une certaine façon, m’identifier. La série ne marquera probablement pas les esprits, mais elle m’aura au moins rappelé que le diable est dans les détails. Si on peut se sentir concerné par une thématique, la situation particulière dans laquelle elle est évoquée peut lui donner un impact encore plus fort selon le vécu de chacun.

I Am Not Okay With This ?

Bien que je n’ai fait que gratter la surface, vous l’aurez probablement compris : I Am Not Okay With This ratisse très large. Que ce soit dans ses genres, ses références, ses inspirations, ses codes, tout semble avoir été conçu pour créer une série surfant sur les succès actuels, presque… calculé. C’est désormais bien connu, Netflix collecte un nombre impressionnant de données sur ses utilisateurs afin de mieux les cerner et leur proposer ce qu’ils recherchent. Cela transparaît à travers les recommandations qui nous sont faites sur l’application, mais aussi par la création même des séries. Tout y passe : les genres, les réalisateurs, les acteurs…

On imagine ainsi très bien I Am Not Okay With This être le fruit de cet algorithme tant on y reconnait un patchwork d’éléments connus et appréciés. En résulte un goût de cocktail réchauffé qui, paradoxalement, est tout de même parvenu à me plaire, comme le prouve mon binge-watching. Je connaissais la supercherie, mais comme elle réunissait ce que j’aimais, j’y ai souscrit. Et pour le mieux, puisque la série est parvenue à trouver une résonance particulière chez moi sur au moins un aspect.

9 commentaires sur « I Am Not Okay With This : La série calculée pour le succès »

  1. Il me reste deux épisodes à visionner et je dois avouer que, comme toi, je me laissée prendre au piège par une promotion criarde mais néanmoins alléchante. Et même si, encore une fois comme toi, la série réchauffe de nombreux procédés, je me suis laisser happée par l’intrigue et si ce n’est pas une série révélation, elle se laisse malgré tout regarder.

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    1. Très clairement, c’est un divertissement efficace oui ! Vu qu’ils ne partagent pas leur chiffre difficile de savoir si le « calcul » a payé mais je suppose qu’on le saura bientôt si une saison 2 se voit annoncée. Le problème c’est que si tout était crée comme ça, on perdrait en prise de risque et donc en surprise. Enfin, c’est probablement se prendre la tête pour rien ! Tu as fini la saison maintenant je suppose, tu as pensé quoi de la fin ?

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      1. Ça va marcher pendant un temps, dirons-nous, mais les gens finiront par se lasser de ce déjà-vu. A trop tirer sur la corde, ils finiront par la casser.
        Oui ça y est ! Et bien, je me doutais que cet homme mystérieux allait finir par apparaître à Sydney et voilà qui est fait. Mais même si c’était prévisible, j’ai envie de savoir ce qu’il en est maintenant. Qui était donc son père ? D’où viennent ses pouvoirs ?

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      2. C’est assez intriguant en effet ! La prochaine saison risque d’être assez différente, là ils vont vraiment devoir développer l’aspect fantastique de la série. Je suis bien curieux de voir comment ils vont trouver un nouvel équilibre !

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  2. Ton avis est étonnant mais rudement intelligent. La série semble bel et bien être le fruit d’un algorithme, ce qui pourrait la rendre froide et prévisible. Et pourtant, tout en voyant les ficelles, tu t’es tout de même pris au jeu ? Alors, comme tu le sais, je ne suis pas forcément fan des séries mettant en scène des adolescents, mais ton avis était très intéressant et je tenterai probablement.

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    1. Les ficelles sont visibles mais comme leur but est de nous faire accrocher, j’ai enchaîné les épisodes avec plaisir en effet. On accepte de se faire avoir, ce qui pourrait poser problème à long terme, et ce qui ne fonctionnera probablement plus aussi bien. Mais en attendant, c’est efficace, et comme je le disais il y a quelques éléments qui m’ont touché personnellement en plus.

      Et vu le temps que j’ai mis pour te répondre, tu as tenté la série depuis ? ^^

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      1. J’ai vu trois épisodes ! (Ce midi, pour être honnête x) ) Alors, j’avais quelques appréhensions mais finalement j’ai bien aimé ! Je dois avouer que le format de 20/30 min et le choix de l’actrice principale y sont pour beaucoup. Je viens de voir que la série traitait de l’homosexualité, donc je verrai ce que ça donne dans la suite. En tout cas, oui, ça a l’air sympa.

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  3. Profitant du confinement pour découvrir l’univers du blog, je pousse les portes de ton monde et je découvre ton avis de cette série que je viens de terminer. Je suis d’accord avec ton idée que IANOWT est un « produit algorithmique »; pour moi, c’est aussi un chouette exercice de style qui montre qu’on peut quand même raconter autre chose avec les mêmes ingrédients. D’ailleurs, j’aime beaucoup la lecture métaphorique des pouvoirs que tu proposes. J’ai trouvé que les premiers épisodes formaient une « introduction » peut-être un poil trop longue mais, au final, ils servent bien le propos de la série 🙂

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    1. Je te souhaite la bienvenue dans ce cas ! J’aime bien ta façon de voir les choses, il est vrai que le verre est également à moitié plein finalement. Bien que l’exercice de style ne soit pas la raison d’être de la série, elle parvient plutôt bien à proposer une recette alternative. À voir jusqu’à quel point Netflix y parviendra ! Mais c’est marrant que tu juges cette saison trop longue malgré sa brièveté, ça renforce l’idée que le côté surnaturel est très timide jusqu’ici. Merci pour ton commentaire et au plaisir de te revoir 🙂

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