Sex Education Saison 2 : Un petit pas pour la série, un grand pas pour nous

Mon second article de l’an 2019 portait sur Sex Education, et il en sera de même pour 2020. Après avoir largement fait l’éloge de la première saison, je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de revenir pour la seconde et voir si le charme opère toujours. Spoiler : oui.

Une série qui évolue

C’est avec beaucoup de poésie que j’avais qualifié Sex Education de « procédural du cul », chaque épisode sonnant comme une enquête sexuelle à résoudre avant de passer au suivant l’épisode d’après. Pour cette seconde saison, la série s’éloigne quelque peu de ce modèle pour le faire passer au second plan en même temps que le héros (Otis) souhaite se consacrer davantage à sa vie personnelle. Une perte pas assez significative pour être dangereuse, mais qui tend à rappeler la problématique de ce type de série à concept : jouer trop longtemps sur un même modèle risque de lasser, mais s’en éloigner risque de créer un manque. La série nous propose tout de même une contrepartie puisque ce rôle sera davantage attribué à la mère d’Otis, la véritable sexologue, ce qui permettra (fatalement) de confronter le héros à ses limites.

Jean Milburn dans Sex Education

Quelque part, Sex Education gagne donc en légitimité dans son aspect pédagogique, puisqu’il n’est désormais plus dispensé par un jeune inexpérimenté. Comme si cette saison 2 apportait une prise de conscience de la série vis-à-vis d’elle-même, elle s’attaque directement à la pertinence de l’enseignement sexuel, et donc de façon méta, à sa propre pertinence. Un très bon point puisque, tout en restant avant tout une comédie, elle délivre ses messages avec peut-être plus de maturité quand il le faut (bien qu’elle n’en manquait pas), notamment quant à la relation malsaine que commençait à entretenir Eric avec son tortionnaire, et se permet d’aller même plus loin, on pensera au traitement sur la durée de l’agression sexuelle.

Laisser vivre ses personnages

Plutôt que de se conformer à un format qui a aussi fait son succès, Sex Education Saison 2 préfère laisser vivre ses personnages, quitte à les séparer. En effet, les dynamiques créées en saison 1 tendent ici à être éclatées ou presque, et on verra ainsi très peu Otis et Maeve ensemble bien que leur relation continue d’évoluer (lentement, mais c’est malin de la part des scénaristes). Après avoir posé solidement ses personnages dans une dynamique de groupe, Sex Education se permet de poursuivre leur développement individuellement, sans même forcément faire appel à la sexualité, et de braquer les projecteurs sur des personnages qui étaient encore secondaires, proposant ainsi une représentation toujours plus étendue.

Sex Education - Jackson et ses mères

Si au départ on peut trouver une certaine inégalité entre chaque développement, tous portent un réel intérêt qui résonnera forcément chez le spectateur. En effet, il s’agit surtout de trouver qui l’on est, notamment à travers sa sexualité, et surtout qui l’on veut devenir, principalement dans notre rapport à l’autre. Une thématique très importante, surtout à l’âge adolescent. Ces développements ne brillent pas tant par leur originalité que par l’honnêteté de leur exécution, que ce soit pour celle qui doit faire face à une mère toxico ou celui qui cherche sa voie plutôt que celle qu’on cherche à lui imposer. Cette sincérité reste l’une des plus grandes forces de la série puisqu’elle permet de livre un discours plus identifiable, bien que la série se permette parfois de tendre davantage vers l’idéal (ce qui n’est pas une mauvaise chose).

Représentation diverse mais inégale

A tous ces personnages s’ajoutent sans surprise de nouvelles têtes, toujours introduites par le biais de l’évolution des précédents. Si certains portent en eux-même un réel intérêt, ce qui pourra les mener à plus d’importance par la suite, d’autres relèvent plus du personnage fonction qu’autre chose, comme le nouvel arrivant français qui manque clairement d’épaisseur. A défaut d’être intéressant ou d’avoir une quelconque alchimie avec son partenaire, il permet au moins de mettre en scène une relation plus saine à base de compromis. Mais qui sait, peut-être saura-t-il mieux servi par la suite.

Rahim dans Sex Education Saison 2

A contrario de ce cher Rahim (le frenchie), d’autres personnages semblent sous-exploités et auraient probablement mérité les projecteurs dont le premier a bénéficié. Si la capacité de Sex Education à ratisser large dans sa galerie de représentations est l’une de ses plus grandes forces, elle présente un double tranchant puis certaines se retrouvent être anecdotiques. Je regrette notamment la si faible présence de la jeune fille asexuelle, qui portait pourtant un certain potentiel dans la particularité que présente cette orientation sexuelle. Forcément, un tel personnage est moins vendeur que d’autres dans une telle série puisqu’il n’y aurait pas possibilité de créer de relation amoureuse.

Tout en conservant tout ce qui faisait son charme initial (ou presque), Sex Education parvient à évoluer et, je l’espère, à nous faire évoluer.

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