The Rise of Skywalker : Ça donne quoi finalement ?

Après deux articles à étaler mes attentes, craintes et espoirs concernant The Rise of Skywalker, il est maintenant temps de dresser un bilan à chaud sur cet ultime volet de Star Wars.

Quand Star Wars échoue

The Rise of Skywalker ne trompe personne, et ce dès son texte déroulant. En effet, le film nous présente d’entrée de jeu le retour de Palpatine, qui se concrétisera dans les minutes qui suivent. Le spectateur se retrouve directement propulsé dans une histoire qui a la lourde tâche de donner un sens et une direction à une trilogie qui en manquait cruellement. Dès ses premiers mots, Palpatine endosse le rôle de figure d’exposition, de sauveur dont le but est de justifier les failles des deux précédents volets pour les inscrire dans la lignée de la saga, pour la refermer sur elle-même. L’impression donnée par l’annonce de son retour est confirmée, Abrams a choisi la facilité pour sauver le navire au mieux de ses compétences.

La facilité, c’est ce qui caractérise au mieux The Rise of Skywalker. Après le rejet violent de The Last Jedi qui a suivi celui plus mesuré de The Force Awakens, Abrams ne devait plus savoir où donner de la tête. Par conséquent, le réalisateur a choisi la facilité en donnant vie aux théories des fans et en reprenant certaines idées de l’ancien univers étendu, ce qui n’assure pourtant pas un succès. Si le public a souvent des attentes bien particulières, il ne souhaite pas forcément que celles-ci se réalisent. Le but du conteur est de proposer sa propre histoire, tout en assurant une qualité au moins égale à ce qu’imaginent les fans. Piégé dans une position absolument inconfortable qu’il a lui-même participé à créer, Abrams n’a pas su relever le défi. Pire, il prouve qu’il n’avait aucune idée d’où menaient les pistes qu’il avait semé dans The Force Awakens.

Des attentes partiellement concrétisées

Pour autant, je n’ai pas détesté le film. Au contraire, je l’ai même apprécié. Il faut dire que je partais avec des craintes assez élevées et, pour la première fois, une excitation vraiment mesurée. Au final, The Rise of Skywalker répond à certaines de mes attentes, à commencer par la création d’une dynamique de groupe pour le trio Rey/Finn/Poe. Forcément, en un film on ne peut pas faire de miracle, mais Abrams parvient à créer de chouettes échanges, ce qui était déjà le point fort de son The Force Awakens. Son entreprise est toutefois condamné à rapidement prendre l’eau puisque la priorité du film est logiquement de poursuivre le chemin initiatique de Rey, écrit depuis The Last Jedi comme assez solitaire.

Si Abrams semble « annuler » certains choix de Rian Johnson, il choisit tout de même de conserver ce que son prédécesseur avait fait de mieux, à savoir le lien profond existant entre Rey et Ben. Loin d’être devenu une figure absolue du mal, ce dernier reste finalement dans la pure tradition de ce qu’il était déjà dans les deux films précédents : un jeune-homme rempli de doutes. On pourra regretter le sur-place qu’il effectue donc tout au long de cette trilogie (symbolisé par le retour du masque), mais au moins le personnage conserve ce qu’il avait de plus intéressant, toujours porté par l’excellent jeu d’Adam Driver. Kylo Ren subit toutefois sa force : une fois ôté de son tiraillement, le plus simple est de lui ôter la vie.

Autant le fruit d’une construction bancale que de la thématique centrale à cette trilogie, Rey demeure elle aussi la même : pleine de doutes quant à son identité. Il faut dire qu’Abrams prend un malin plaisir à revenir sur une ascendance qui aurait pu être considérée comme résolue dans The Last Jedi, et pour mieux lui donner une réponse assez hasardeuse. On a là un bon exemple du fan-service dont fait preuve Abrams ici. Ce n’était pas nécessaire pour le personnage, et c’en est ridicule au point de faire rire. Cela dit, on peut comprendre l’intention : ce choix a été fait autant pour tenter d’apporter une réponse « satisfaisante » au mystère Rey que pour lier le personnage au reste de la saga et la conclure au mieux possible (selon lui).

Comme je le disais dans un article précédant, le salut de cette postlogie se trouvait à mes yeux dans le lien unissant Rey à Ben. C’est peut-être d’ailleurs pour cela que The Rise of Skywalker a finalement su me plaire. Si j’étais largement réticent au retour de Palpatine, et encore plus à son lien créé avec Rey, je trouve toutefois qu’il permet, par ce qu’il implique dans le film, d’apporter une conclusion plus « définitive » que ne l’avait fait Return of the Jedi (qui reste cependant une meilleure fin de saga). Je dois l’avouer, l’idée d’une alliance entre descendance des Skywalker et des Palpatine m’a plutôt séduit tant elle permet symboliquement la fin d’une ère. Abrams ne va pourtant pas jusqu’au bout de cette idée puisqu’il met rapidement Ben à l’écart pour mieux baigner Rey dans la lumière, confirmant son statut d’héroïne ultime.

Un équilibre bancal

Le plus gros problème de cette postlogie était son absence d’intérêt réel dans le grand ensemble que forme la saga Skywalker, je ne comprenais pas ce qu’elle apportait véritablement à cette histoire aussi familiale que prophétique. Anakin n’avait-il pas déjà ramené l’équilibre dans la force ? Si l’on en croit le film et les paroles de J.J. Abrams, c’était bien le cas. Seulement, l’équilibre n’est pas éternel selon lui, il fallait donc un nouvel « élu » pour le rétablir à nouveau. Une réponse qui ne se montre pas tant rassurante que fainéante dans le sens où elle confirme que cette postlogie n’apporte pas grand chose à l’échelle métaphysique de la saga.

Abrams déclare en revanche que si l’équilibre n’a pas perduré, c’est parce qu’il avait été pris pour acquis. Ce sont donc les mauvais choix de la génération des légendes qui ont causé à nouveau ce déséquilibre comme le montrait The Last Jedi, laissant à la génération héritière le soin d’y faire face à son tour. C’est bien à cet égard que la postlogie se montrera la plus mémorable, tant la question de l’héritage et de la quête d’identité marque l’ensemble des trois films, reflétant leur époque. Cependant, The Rise of Skywalker se montre incohérent avec ces propos, puisque le véritable retour du mal n’est en aucun cas lié aux décisions des héros.

Le retour de Palpatine

La simple décision de faire revenir Palpatine était un aveu d’échec, prouvant que cette postlogie n’a jamais réussi à créer ses propres enjeux, et a ainsi préféré le confort d’une menace déjà bien inscrite alors que The Force Awakens stipulait qu’il ne s’agissait plus d’une question de Sith. Preuve en est que l’idée n’était pas un coup de génie, son exécution se montre largement bâclée et opérée avec une pirouette assez honteuse, que mon esprit a néanmoins facilement accepté alors que je me croyais complètement fermé à cette option. Il faut dire que tout va très vite dans The Rise of Skywalker, ne nous laissant avec aucun autre choix que d’accepter ce qu’on nous propose.

Encore une fois, l’intention est largement compréhensible puisqu’il faut rattacher en urgence les wagons au reste de la saga, mais sans forcément être excusable. Pourtant, Abrams respecte d’une certaine façon les plans initiaux de Lucas qui souhaitait ne révéler l’Empereur comme grand ennemi de l’ombre que dans une seconde trilogie, avant de changer d’avis. On peut même dire que c’est finalement grâce à ces appels du pied à l’ensemble de l’oeuvre originelle que J.J. Abrams arrive à faire passer la pilule en ce qui me concerne. On peut toujours compter sur la fibre nostalgique des pigeons fans.

Au final, The Rise of Skywalker est bel et bien la déception annoncée. En plus de subir une construction largement bancale, Abrams n’est pas parvenu à atteindre le potentiel encore réalisable. Le réalisateur échoue à donner un véritable sens à cette trilogie précoce et préfère se conforter dans une nostalgie poussive. Avec The Rise of Skywalker, Star Wars effectue un tour sur lui-même, la saga se referme sur ce qu’elle était plutôt que d’ouvrir une nouvelle voie. Il n’en reste pas moins qu’une fois ces considérations oubliées, Abrams parvient à nous livrer une grande aventure haletante, grandiloquente et visuellement incroyable.

Seul le temps nous dira comment The Rise of Skywalker et ses deux prédécesseurs vieilliront, mais il est certain qu’il y a encore de nombreuses choses à dire à leur sujet.

3 commentaires sur « The Rise of Skywalker : Ça donne quoi finalement ? »

  1. J’attendais ton avis avec impatience ! Pour ma part, je n’ai pas été spécialement déçue car je n’attendais pas grand chose de cet épisode. Pour cause, le 8 avait soigneusement fermé toutes les portes ouvertes par le 7. Cette trilogie manque de fil conducteur, et n’a, au final, ni queue ni tête. En revanche, le film est joli visuellement, et force (ahah) est de constater que le fan service et certaines scènes font vibrer la corde sensible des fans. En tout cas, sur moi, ça a marché. En revanche, d’autres passages et partis pris m’ont fait mourir de rire ou m’ont sorti du film tellement c’est facile ou incohérent. Comme pour le 9, cet épisode mérite un rewatch pour avoir un véritable avis, cela dit.

    Aimé par 1 personne

    1. Globalement on est d’accord du coup ! Après, aussi branlante soit cette trilogie, elle raconte forcément quelque chose sur la saga et ce sera toujours intéressant de l’analyser, même si c’était pas l’histoire la plus pertinente. Le recul va être essentiel en effet !

      Aimé par 1 personne

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