Dark Phoenix : Ultime baroud d’honneur pour les X-Men

Entre Game of Thrones, Avengers ou encore Star Wars, cette année 2019 est décidément celle des adieux. Parmi ces saga ultra-populaires, une autre touche également à sa fin dans une relative indifférence générale : les X-Men. Si la franchise a su garder une grande constance dans ses thématiques, on ne peut pas en dire de même du rythme de sortie, ni de la chronologie globale pour le moins décousu : après une première trilogie, elle a connu un reboot finalement relié au reste, ainsi que des spin-off pas toujours bien accueillis et intégrés. Bref, malgré sa longévité de 19 ans et son rôle fondateur dans la création du super-héros moderne au cinéma, ce Dark Phoenix se retrouve être un non-événement. Mérite-t-il pour autant d’être boudé comme le suggèrent bon nombre de critiques ?

Cet article ne contient pas de spoiler.

La débâcle de la production

Il me semble indispensable de remettre en contexte la production du film, dont la version finale est loin d’être l’originale. En 2016 sort X-Men Apocalypse, dernière pierre de la seconde trilogie qui marque aussi les adieux de Brian Singer à la saga, lui qui a réalisé 4 volets sur 6 (maintenant 7). Soutenu par les acteurs, c’est Simon Kinberg qui prend sa suite à la réalisation après avoir été producteur et scénariste de la franchise. Si l’on a pas de confirmation, il semblerait que Dark Phoenix ait initialement été pensé comme un diptyque, à l’instar de Infinity War et Endgame en somme, mais cette idée n’aurait pas dépassé la phase du script. Le film suit ensuite son petit bonhomme de chemin mais voit sa sortie repoussée à plusieurs reprise quand Disney entreprend de racheter la Fox. Une fois cette acquisition faite, les plans évoluent. Dark Phoenix devait ouvrir le pan cosmique des X-Men, mais le Marvel Cinematic Universe tend justement lui aussi à prendre cette voie. Pour éviter cet écueil, des reshoots sont effectués et la fin se voit notamment être complètement réécrite. La raison : un film de super-héros sorti entre temps avait une fin bien trop similaire (très probablement Captain Marvel). De toute façon, pourquoi élargir les horizons de cet univers quand l’idée est d’y mettre fin pour effectuer un reboot des X-Men d’ici 5 ans et les intégrer dans le MCU ?

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Tenir debout contre vents et marées

En prenant en compte tous ces éléments, on pouvait déjà douter de la réussite du film en lui-même (ce qui n’était pas mon cas), ainsi que celle de l’aspect conclusif (ce qui était mon cas). Étonnement, Dark Phoenix parvient à livrer un résultat somme toute satisfaisant à tout point de vue, ce qui est déjà un exploit en soi. Loin d’être la purge décrite par bon nombre de critiques, ni le pire volet de la saga, il n’en est pas pour autant le meilleur. Si vous avez un tant soit peu suivi, vous savez que l’histoire de ce film est grosso modo la même que celle de The Last Stand (le 3ème film), à savoir la descente aux enfers de Jean Grey, découvrant le vrai pouvoir qui sommeille en elle, celui du Dark Phoenix, et le subissant de plein fouet. Le problème est ici que nous ne connaissons la Jean Grey de Sophie Turner que depuis Apocalypse, le volet précédent, et il en est de même pour une partie de l’équipe l’entourant. Depuis First Class, la saga bondit de décennie en décennie avec à chaque fois pour unique constante quatre personnages : le Professeur X, Magneto, Mystique et le Fauve. Pour le reste, nous avons à chaque film droit à un tout nouveau contexte, de nouveaux personnages, et de nouveaux enjeux les concernant sans même les avoir connu en temps de paix. Bien heureusement, Simon Kinberg semble avoir pris conscience que cet état de fait nuirait aux enjeux de Dark Phoenix et a choisi de reprendre l’équipe d’Apocalypse.

X-Men Final

Trop classique pour une conclusion

Pour autant, les personnages secondaires le restent, sans réel développement, et les liens que le film nous dit exister entre certains personnages n’ont jamais vraiment été montré. Par chance, les X-Men ont toujours eu droit à une écriture efficace qui permet de palier en partie à ce problème en parvenant à installer ce qu’on a besoin de savoir en une scène. Le spectateur sait alors le pourquoi du comment, mais ne ressentira pas forcément l’impact voulu quand ces liens sont mis à l’épreuve. Pour ça, on peut néanmoins compter sur la qualité de jeu dont fait part chaque acteur. Et puisqu’elle est le protagoniste de ce Dark Phoenix, il est important de souligner la justesse du jeu de Sophie Turner qui s’en tire honorablement et dont le travail de recherche sur les troubles mentaux se ressent. Maintenant, il faut tout de même admettre qu’un dyptique aurait permis d’ajouter une force importante aux événements, en plus d’étaler davantage le développement de Jean Grey. A titre personnel, j’aurais tendance à dire qu’il est globalement réussi : on comprends chaque étape du cheminement du personnage et on compatit, bien que son moment « antagoniste » aurait certainement mérité plus de profondeur. Ce qu’on pourra le plus regretté, c’est le classicisme absolu de ce développement : chacune de ses paroles étant un lieu commun de ce type de personnage. Par extension, c’est le film dans sa globalité qui « souffre » de ce classicisme : rien n’est vraiment inattendu, rien ne se démarque particulièrement pour son audace, X-Men applique simplement sa recette : la paix entre humains et mutants mis en péril, une crise interne aux X-Men, Magneto qui sort de sa retraite, etc. En résulte un film que ne pourront pas détester les adeptes de la « formule », mais qui aurait mérité bien plus.

X-Men Jean Grey

L’aura du Dark Phoenix

Se démarque pourtant sa bande originale composée par le célèbre Hans Zimmer qui apporte une réelle plus-valu à Dark Phoenix : celle d’un impact à une histoire en a besoin, et notamment à l’action. Simon Kinberg n’est pas Brian Singer, mais il n’est pas un tâcheron pour autant : si sa mise en scène est elle aussi classique, elle fait ce qu’on lui demande. Le réalisateur se fait notamment plaisir avec les pouvoirs de certains personnages lors des scènes d’action, particulièrement la première qui montre une cohésion exemplaire au sein de l’équipe, et bien qu’un manque de grandiose se fait ressentir (surtout pour une conclusion), la composition d’Hans Zimmer finit de convaincre de l’importance de l’action. Le compositeur n’est pas fait pour la discrétion, et avec lui la musique prend une place plus importante que dans les autres volets (dans le sens où elle se fait bien entendre). Il est d’autant plus l’homme de la situation qu’il a signé auparavant l’une des meilleures bandes originales pour un film de science-fiction : Interstellar. Celle de Dark Phoenix ne restera pas autant dans les mémoires, mais elle nous fait ressentir un dépaysement bienvenue dans la saga. La barrière de l’espace a été franchie dans bon nombre de films de super-héros, mais jamais encore auparavant dans X-Men. On regrettera néanmoins que, de par les aléas de production évoqués précédemment, cet aspect soit survolé, bien que ce soit probablement le meilleur choix étant donné le contexte global. En résulte malheureusement des réponses confuses sur la nature de Jean, ce qui l’empêchera de prendre la place qui aurait du être sienne. Sa puissance est malgré tout sans égale et l’aura qu’elle acquiert pleine de beauté.

X-Men Dark Phoenix Jessica Chastain

Tourner la page ?

Si la saga X-Men n’a pas connu autant de films que le MCU, elle porte la palme de la saga super-héroïque la plus longue avec ses 19 ans d’existence. Comme dit précédemment, elle fait partie, avec ses deux premiers volets, des fondatrices du genre super-héroïque moderne. Profondément fan de cette saga qui fut mon premier contact live-action avec les super-héros, je ne peux que regretter le non-événement que constitue cette conclusion, qui aurait à mes yeux mérité autant que les Avengers avec Infinity War et Endgame. La différence est ici que Dark Phoenix est avant tout un nouveau volet des X-Men, là où le MCU avait pour but premier de conclure ses dix ans d’intrigues. Bien entendu, les deux franchises sont radicalement différentes dans leur construction et il était impossible d’appliquer un traitement conclusif similaire à X-Men. Et c’est bien pour cette raison que j’accepte ces adieux et les étreints affectueusement. Malgré tout, j’aurais aimé que les personnages majeurs de cette franchise aient tous droit à de véritables au revoir, que Dark Phoenix ait davantage le droit de nous dire adieu. Pour autant, je fus surpris de voir une fin aussi suffisante, qui procure un sentiment d’accomplissement. X-Men n’a certainement pas eu droit à ce qu’elle méritait, mais elle parvient, malgré les obstacles, à tourner la page avec respect pour ses fans.

Une fois le film fini, la rationalité ne fait plus loi, les défauts deviennent sans importance, et c’est l’émotion qui triomphe. X-Men est une saga très chère à mon cœur, mais les meilleures choses ont une fin. Avec ses dix neuf ans au compteur, ces films ont eu bien assez de temps pour marquer les esprits et raconter leur histoire. Le générique lancé et la gorge nouée, je prend réellement conscience : c’était la dernière fois. Mille merci pour tout, X-Men.

3 commentaires sur « Dark Phoenix : Ultime baroud d’honneur pour les X-Men »

  1. J’étais moi aussi une grande fan de X-Men. Je n’oublierai jamais l’expérience X-Men 2, au cinéma ! Je me permets d’utiliser le passé, car je me suis plus tenue éloignée de la saga, depuis que les films (X-Men ou de super-héros) se sont multipliés. Je ne sais pas si j’irai voir Dark Phoenix, mais merci pour ta critique assez rassurante !

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    1. Comme je t’envie d’avoir pu voir le 2 au cinéma, c’est l’un de mes préférés ! Si je suis fan depuis le premier, je n’ai commencé à les voir au cinéma qu’à partir de Days of Future Past, qui est mon préfère d’ailleurs. Ce qui m’amène à largement te conseiller de voir 4 films plus récents, ils valent vraiment le coup. Et puis tu peux rajouter Logan si tu ne l’as pas vu, histoire de verser une larmichette !

      Aimé par 1 personne

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