Detective Pikachu : Quand les rêves de Pokémon prennent vie

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la licence Pokémon débarque cette année sur grand écran à travers un film en prises de vue réelles. Inspiré du jeu-vidéo éponyme,  l’idée était tout à fait déconcertante aux premiers abords jusqu’à ce qu’elle se fraye un chemin dans le cœur du public lors de la diffusion de la première bande-annonce. J’avais à ce moment partagé mon enthousiasme quant au respect que Rob Letterman (le réalisateur) semblait faire preuve envers un univers qui m’est très cher, en plus de proposer une évolution assez excitante. La « hype » étant de plus en plus forte, je n’ai pu faire autrement que d’assister à l’avant-première hier soir avant d’en ressortir la tête pleine de choses à dire sur ce Detective Pikachu. Shall we begin?

Cet article ne contient pas de spoiler si ce n’est ce qui a été dévoilé par les bandes-annonces.

Un film qui reste fidèle à Pokémon

Quand je dis que je suis un fan de Pokémon, j’entends par là que je suis fan de cet univers dans sa globalité, que ce soit par les jeux-vidéos, les dessins et films animés ou même les mangas. Si cet univers est avant tout destiné aux enfants, il ne leur est pas pour autant exclusif, comme le prouve l’intérêt qu’ont gardé de nombreux fans de la première heure pour cette licence. Que ce soit par ses thématiques « matures » ou son rappel à une innocence qui n’a pas forcément disparue chez les adultes, Pokémon est un univers qui s’adresse à chacun de sa propre façon. Comme je l’évoquais dans mon article « Pokémon doit-il devenir adulte et réaliste ? », cet univers n’a pas à se travestir pour tenter de plaire à un public plus âgé. Une facilité dans laquelle la licence aurait facilement pu tomber à travers cette adaptation live-action forcément destinée à un public assez large, mais qui y échappe superbement.

Detective Pikachu Bulbizarre

A mon plus grand plaisir, j’ai pu découvrir que ce Detective Pikachu avait pour ambition de s’adresser à une fourchette d’âge assez étendue, et ce avec succès. Le film parvient en effet à jongler entre les différentes tonalités proposées par cet univers jusqu’ici : s’il commence avec une séquence assez froide rappelant Mewtwo Strikes Back, il alterne avec une capture de Pokémon assez innocente dans un environnement qui l’est tout autant. C’est dans ce mélange d’ambiances que l’intrigue prendra place dans un tout homogène, mélangeant aussi bien le drame que la comédie et l’enquête policière. Detective Pikachu propose un univers très riche et coloré, plein de vie, assez un humour assez présent, mais sans oublier ses enjeux et les tiraillements des personnages. L’intrigue même est représentative de cette volonté de s’adresser à tous en proposant une réelle enquête policière impliquant des entreprises et sites cachés, mais simplifiée pour que même les plus jeunes puissent suivre aisément.

Rime City, une ville riche et nouvelle

Detective Pikachu nous embarque dans un pan relativement (car il s’agit d’une adaptation d’un jeu-vidéo) inédit de cet univers à travers la ville de Rime City. Semblable à une métropole japonaise, il est impossible de la situer dans aucune des régions connues à ce jour, ce qui lui permet de proposer quelque chose de nouveau. En effet, bien que la licence ait toujours mis en avant la relation harmonieuse entretenue par humains et Pokémon, la cité utopique qu’est Rime City va encore plus loin en s’affranchissant de ce qui fait pourtant partie de l’ADN de la saga : la capture et le combat. Si le propos idéologique ne sera pas vraiment développé, l’idée a au moins le mérite d’être neuve et de s’illustrer perpétuellement à travers le récit. Cela, on le doit au travail extraordinaire déployé par toute l’équipe du film qui a su rendre Rime City plus vivante qu’aucune autre cité jamais vue dans Pokémon. C’est bien simple : les scènes fourmillent de tant de détails qu’il est parfois difficile de savoir où regarder. Un constat qui pourrait jouer contre le film s’il ne savait pas laisser la place nécessaire aux personnages lors des scènes d’échanges vraiment importantes. Un rapport que l’équipe technique parvient encore à équilibrer en proposant des Pokémon plus réalistes que jamais tout en conservant leur essence, et grâce à quoi les boules de poils parviennent à transmettre des émotions, Pikachu en premier lieu. Si vous êtes intéressé par le processus de création des Pokémon dans ce film, je ne peux que vous conseiller cet article passionnant (mais en anglais).

Detective Pikachu Rime City

Un film qui s’intègre quasi parfaitement à son univers

Si Detective Pikachu joue la carte de l’inédit avec cette nouvelle ville en territoire inconnu, il s’évertue tout de même à se lier au reste de l’univers connu. L’illustration la plus évidente de cet état de fait est bien entendu la présence d’une soixantaine de Pokémon provenant de chaque génération (sauf la septième il me semble), mais ce n’est pas tout. Comme les trailers le dévoilaient déjà, de très nombreux « easter-eggs » parsèment le récit sous la forme de posters, sculptures ou autres ballons reprenant le design original des Pokémon, le nom de régions bien connues ou des musiques cultes. Un peu comme avec un film Lego, le fan aura de quoi se mettre sous la dent à chaque revisionnage. Un réel effort est fait pour s’intégrer le mieux possible à tout ce que Pokémon nous a présenté au fil des années et pour créer un univers le plus cohérent possible, jusqu’à réinventer des expressions de notre monde pour les adapter à celui-ci (par exemple « nom de Dieu » devient « nom d’Arceus »). Pour cela, le réalisateur a travaillé en étroite collaboration avec les créateurs de la licence avant que Detective Pikachu ne soit triplement vérifié par la Pokemon Company. Pour autant, une sortie de route est bien à signaler quand Pikachu déclare « comme les français le disent » alors que Pokémon est un monde à part disposant de sa propre France à travers la région de Kalos. Un petit élément qui ne baisse en rien la qualité du film mais qui brise l’immersion le temps de quelques secondes, même si ce genre « d’erreur » est relativement courante quand dans les jeux le Pokédex compare des Pokémon à des animaux de notre monde ou que l’animé faisait dans ses premiers jours des références à notre Histoire.

Detective Pikachu Arceus Dialga Palkia

Un récit avant tout humain

En réalité, Detective Pikachu se paie même le luxe de jouer avec les connaissances du spectateur et ses attentes pour mieux le surprendre ou lui plaire, comme c’est le cas avec les vilains du film. Il réalise même un vieux fantasme de fan, celui de revenir sur les traces du père du héros. Ici, ce n’est pas celui de Red (le personnage des premiers jeux) ou même Sacha, mais Tim Goodman, dont le père est attaqué et déclaré mort dès le début du film. A l’aide du fameux Pikachu incarné par Ryan Reynolds, il mène alors l’enquête pour retrouver ce parent envers qui Tim éprouve du regret. Au milieu de ce monde peuplé de créatures fantastiques, le film tient à laisser une grande place aux sentiments de ce duo dynamique qui porte le récit. C’est avant tout sur leurs sentiments et l’émerveillement que provoque le monde qu’ils explorent que se repose le film, le mystère en lui-même étant secondaire et cousu de fil blanc pour les plus avertis. Il faut ainsi dire que le dernier acte se montrera peut-être plus faible de par son caractère plus impersonnel et fantaisiste, même pour le monde de Pokémon, en plus de proposer une ficelle scénaristique pas spécialement justifiée sur la toute fin du film. Il dispose pour autant d’idées intéressantes que je fut assez amusé de retrouver ici alors que j’en avais imaginé certaines d’entres elles pour un récit Pokémon de ma composition.

Detective Pikachu Tim Goodman

Plus qu’un simple divertissement dans les rues de Rime City, Detective Pikachu envoie un message à ses spectateurs adultes qui peuvent aisément s’identifier à Tim Goodman. Fini la magie de la vie d’enfant et les rêves fous qui vont avec, l’âge adulte laisse souvent place à une routine bien plus terre-à-terre au sein d’une société qui nous pousse à l’aseptisation. Après avoir caressé le rêve de devenir dresseur, Tim s’est finalement engagé dans une voie professionnelle plus classique et s’y conforte de par une enfance assez difficile qui a brisé une part de son innocence. C’est une fois dans les rues de Rime City qu’il commencera à rompre sa carapace auprès de Pikachu pour vivre une aventure aussi dure que magique et retrouver un émerveillement perdu. Si le contexte est différent de The Lego Movie 2, le message me semble assez similaire et important : être adulte ne signifie pas abandonner sa part d’enfance. Dans un univers plus « adulte » que ce à quoi habitue le plus souvent Pokémon, les valeurs fondamentales subsistent et ne cèdent pas : le lien harmonieux entre humains et Pokémon est bien mis en avant, mais sans tomber dans la niaiserie. Detective Pikachu s’adresse aussi bien à ceux qui y croient encore comme aux autres.

Mewtwo Detective Pikachu

Mais le film ne s’arrête pas là puisqu’il poursuit une autre tradition, celle du message écologique, présent depuis les Tadmorv symbolisant la pollution humaine jusqu’à sa place centrale dans le dernier long-métrage d’animation de la licence : Le Pouvoir est en Nous. Il s’illustre ici à travers son représentant le plus fort, Mewtwo, déjà révélé dans la dernière bande-annonce. Encore une fois, ce Pokémon créé par l’Homme représente les dérives de ce dernier qui tend à se prendre pour Dieu en voulant contrôler la nature, ici jusqu’à un niveau assez grandiloquent et effrayant. Ni le message ni le Pokémon sont au cœur du récit, mais ils s’y ancrent assez efficacement et permettent de poursuivre une tradition importante, même si ce Mewtwo n’est forcément pas utilisé à son plein potentiel. Finalement plus un outil (aussi bien pour les scénaristes que pour les personnages) qu’un réel personnage, il permet tout de même quelques idées intéressantes et reste globalement respecté. Si ses origines m’ont laissé sur ma faim pendant une bonne partie du film, le film a finalement su me rassurer tout en étant clair sur ce que l’on pouvait en attendre ici : un développement très simplifié. Personnage très important pour moi, j’ai écrit à son sujet deux articles analytiques que je vous invite fortement à lire : Le Clone Vengeur et Le Guide Protecteur.

Sans aucun doute, Detective Pikachu est l’adaptation de jeu-vidéo la plus réussie à ce jour. Avec ce premier essai en live-action, la franchise Pokemon se montre convaincante en reprenant tous les ingrédients qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui, tout en proposant une certaine nouveauté. Difficile de penser que quiconque ayant été un jour fan de cet univers saura résister au charme indéniable de Detective Pikachu, un film réalisé avec un profond amour et respect. Certainement pas parfait, il a su remplir toutes les conditions possibles pour trouver une place dans mon cœur alors que l’inverse aurait été si facile. Ce film est en quelque sorte un rêve jamais formulé et qui me donne désormais envie de voir tout un univers partagé s’établir au cinéma en complément du reste. Si un Detective Pikachu 2 semble fortement improbable, le potentiel est immense. Explorer d’autres pans de cet univers, visiter des lieux familiers et rencontrer des personnages connus serait un plaisir absolu. Avec la rumeur d’un film centré sur Red & Blue, l’espoir est bel et bien réel.

2 commentaires sur « Detective Pikachu : Quand les rêves de Pokémon prennent vie »

  1. Tu pointes assez bien les deux grosses réussites du film : sa capacité à s’adresser à tous (jeunes, vieux nostalgiques, néophytes…) en les amenant dans un univers que le réalisateur semble vraiment aimer profondément. Et c’est assez visible avec l’apparence « réaliste » dont tu parles pour les Pokémon : leurs caractéristiques sont cohérentes avec la réalité (taille, force, apparence plus « animale ») tout en conservant leur essence. Un côté cartoon, des couleurs vives et des expressions bienveillantes. De la même manière j’ai beaucoup aimé le traitement du combat par le film, en mettant en avant l’idéal de Ryme City avec la cohabitation entre humains et Pokémon pour dépasser le modèle du dresseur et de son monstre. Les jeux le font déjà depuis longtemps en insistant sur le bonheur et la complicité entre le personnage et ses Pokémon, et c’est cool de voir que le réalisateur n’est pas tombé dans le piège d’une vision binaire qui ne ferait de ces monstres que des espèces de marionnettes.

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