Captain Marvel : La puissance féminine

Nouvel arrivant du Marvel Cinematic Universe, le film Captain Marvel a su se faire désirer puisque l’annonce du projet et du nom de l’actrice qui le porterait remonte à quelques années. Personnage inconnu à mes yeux, j’entretenais depuis une grande curiosité son égard. Une envie de découverte qui s’est transformée au cours de ma séance en une appréciation teintée d’inspiration.

Cet article ne contient de spoilers que ce que les trailers ont pu dévoiler.

Marvel prend des risques

Si on est cynique, on pourrait se dire « Et allez, encore une autre origin-story ». Et si en plus on est anti-MCU, on peut se dire « Et allez, encore la même recette d’origin-story ». Pourtant, Captain Marvel se démarque dès le début. Chez Marvel (et par là j’entends chez Marvel au cinéma par Disney), nous avons déjà eu un grand nombre d’histoires d’origines, d’Iron Man à Doctor Strange en passant par Ant-Man. Globalement, la structure même de ces films est la même, c’est un voyage initiatique linéaire. Là où Captain Marvel innove au sein de son univers, c’est que le film prose une structure à base de flash-backs, une pratique ouverte par Christopher Nolan dans son Batman Begins et réutilisée ensuite par Man of Steel et Aquaman pour ce qui est des films DC actuels. Là où il s’agit d’un risque de la part de Disney, c’est qu’ils s’affranchissent d’une formule qui fonctionnait pourtant très bien. Mais Captain Marvel va plus loin encore, puisque cette idée est intégrée directement au scénario : Vers est une soldat Kree depuis six ans mais ne se souvient pas de sa vie avant cela. C’est quand elle est capturée et que sa mémoire est fouillée par ses tortionnaires que les souvenirs commenceront à remonter progressivement à la surface. Ils ne surviennent alors jamais gratuitement ni aléatoirement, mais parce que le scénario implique de révéler un pan supplémentaire.

Captain Marvel Kree
Le corps d’armée Kree

Captain Marvel est-elle trop puissante ?

Transition idéale pour parler de la prétendue perfection du personnage qu’est Carole Danvers (de son vrai nom), qui n’aurait aucune faille et serait donc inintéressante. En réalité, il s’agit de deux débats : l’un sur les héros trop puissants, et l’autre sur la représentation actuelle de la femme. Pour le premier, le porte étendard des critiques est bien évidemment Superman, super-héros ultra-puissant qui semble ne connaître aucune limite. Mais voilà, l’homme d’acier n’est en fait pas invincible (et je ne parle même pas de la kryptonite), et bien que je connaisse pas le personnage de Captain Marvel, je doute également qu’elle le soit vraiment. D’autre part, même un personnage invincible n’est pas forcément inintéressant, ce serait le rabaisser uniquement à un guerrier fait pour combattre et rien d’autre. Non, les super-héros sont bien plus complexes et ont leurs propres défis à relever, même s’ils semblent si parfaits en apparence. Captain Marvel a beau être intelligente, belle, douée au combat, dotée de capacités surhumaines, elle mène ici son propre combat, celui de la quête de son identité. Bien qu’on ne craigne jamais vraiment pour sa vie (ce qui est le cas dans toute origin-story), elle reste faillible et fragile de par les doutes qui marquent son voyage. Son personnage est humain.

Captain Marvel Gif.gif

Quant à la question de la représentation de la femme, bien trop de raccourcis sont également pris. Certains tendent à penser que parce que notre époque veut que les femmes s’émancipent et se portent elles-mêmes en figures fortes, elles seraient alors intouchables dans l’art. Cela serait notamment pourquoi Carole aurait tant de cordes à son arc et serait quasiment toujours dans une position de force : faire autrement pourrait être perçu comme dégradant pour l’image des femmes, et ainsi sexiste. Si je ne partage pas complètement cette opinion, je pense qu’il y a du vrai en elle, ce qui n’est pas forcément négatif pour moi. Il est logique qu’avec la prise de parole et de pouvoir que connaissent les femmes aujourd’hui, il est bien mieux vu de représenter des personnages féminins reflets de notre époque. De ma fenêtre, cela est positif dans le sens où trop longtemps les femmes ont tenu des rôles secondaires ou de victimes, et parce que la représentation dans l’art contribue grandement à faire évoluer en profondeur les mentalités. Non, cela serait dangereux uniquement si les représentations seraient en conséquence parfaites, et uniquement parfaites, ce qui n’est pas le cas avec Carole Danvers. L’héroïne a beau être très puissante, cela ne l’empêche de tomber, mais elle se relève en puisant en elle-même la force nécessaire. Comme une héroïne, comme une femme, comme un humain. Que ce soit elle ou les autres personnages du film, toutes sont émancipées et portent une assurance qui leur permet de dire au modèle patriarcal d’aller se faire voir quand il pointe le bout de son nez.

Certains ont pu la qualifier de « Mary Sue » comme cela est aussi le cas avec Rey de Star Wars, ce qui est « un nom péjoratif donné à un personnage de fiction trop parfait » (Wikipédia). Plus précisément, ce nom est utilisé quand le personnage (féminin) en question est parfait sans entrainement, de façon innée. Un qualificatif qu’on ne peut alors absolument pas attribuer à Captain Marvel, qui a connu un réel entrainement exigeant que ce soit pour combattre ou piloter.

Captain Marvel Pilote

Brie Larson inspire autant que son personnage

Pour incarner un personnage aussi fort, il fallait une actrice qui en impose tout autant, et ce n’est pas nécessairement le nom de Brie Larson qui vient en tête en premier lieu. Et pourtant, Disney a fait un choix sacrément bon en choisissant cette actrice oscarisée, qui se pose dès le départ comme certaine d’elle et tout à fait capable. Plus que de simplement jouer le rôle, elle lui apporte une sympathie non négligeable qui fait que je m’y suis très rapidement attaché. Pour l’anecdote, Brie Larson a expliqué en interview qu’on avait du lui enseigner à poser son corps et son regard d’une façon badass symptomatique des super-héros, cela n’étant pas naturel pour elle. Si les leçons ont véritablement payé, je n’ai pas pu m’empêcher de voir une forme de léger surjeu pas désagréable du tout. Une sensation assez étrange, mais qui participe largement au charme du personnage, d’autant plus quand Larson se montre convaincante dans tous les registres. Sa Carole Danvers est profondément lumineuse et positive, elle est inspirante autant pour les personnages que les spectateurs.

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Pour être sous son meilleur jour, il faut être bien entouré, et c’est le moins que l’on puisse dire avec Samuel Jackson. Reprenant son rôle de Nick Fury mais 30 ans plus jeune (et c’est bluffant), il forme avec Brie Larson un duo à l’alchimie largement palpable et très drôle. C’est en effet un portrait assez différent qui est brossé pour le futur directeur du SHIELD, bien moins sérieux et plus rigolard. Un comportement pourtant pas incohérent et qui enrichi le personnage de cette nouvelle tranche de vie pour le moins significative. C’est en effet son premier contact avec ce monde super-héroïque, celui même qui le fera réfléchir à l’initiative Avengers, à laquelle Carole n’est pas étrangère. Brie Larson ne sera définitivement pas une pièce rajoutée dans Endgame, elle a d’ores et déjà une place de choix dans l’historique de cet univers. Au final, son arrivée le mois prochain dans le volet conclusif de la saga permet en quelque sorte de boucler une boucle et de lancer un nouveau chapitre. Elle n’en avait pas besoin pour briller, mais cette symbolique permet de renforcer l’aura d’un personnage inspirant. Le film se permet même de la placer comme une sorte de successeur à Superman quand elle surplombe la Terre de son allure divine et son regard bienveillant.

Brie Larson Captain Marvel
Brie Larson inspire déjà de jeunes filles

Des scènes de ce genre, Carole en a plus d’une, et pourtant je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir le sentiment que le potentiel du personnage n’était pas pleinement déployé, la faute à une mise en scène pas toujours optimale. Si les scènes d’actions sont impactantes, la caméra ne laisse parfois pas assez respirer les mouvements. Le plus embêtant réside dans le dernier acte du film, celui où Carole libère toute sa puissance. Après une scène absolument inspirante et impressionnante, le soufflet retombe quelque peu à plat quand l’action se voit superposée par une musique rock des années 90 qui ne colle pas à l’ambiance. Il n’est pas rare de voir ce type de film vouloir jouer sur un côté cool et détaché, ce qui n’est pas un mal, mais encore faut-il l’appliquer aux moments appropriés. Le titre était chanté par une femme, les paroles étaient peut-être significatives, mais c’était justement le moment  d’être plus sobre et de laisser la puissance de Captain Marvel remplir l’écran. Ce dernier acte ne manque pourtant pas de dévoiler la puissance destructrice du personnage, mais un certain manque d’iconisation se fait sentir à mes yeux. Au final, c’est dans des moments moins explosifs que l’aura de Carole se fait la plus forte. Les deux réalisateurs, Anna Boden et Ryen Fleck, parviennent tout de même à insuffler une force dans l’image à travers différentes compositions larges qui laissent respirer  le décor et quelques idées intéressantes en terme de narration.

Si Wonder Woman chez DC restait une exception, la tendance tend désormais à se confirmer : l’avenir du super-héros au cinéma sera également féminin. Qu’on se le dise : Captain Marvel n’est pas le meilleur film du Marvel Cinematic Universe, ni même mon préféré. Il parvient néanmoins à poursuivre avec brio cette lancée aussi belle que nécessaire. Ce film parvient autant à présenter une histoire d’origine réussie qu’un personnage inspirant et important.

2 commentaires sur « Captain Marvel : La puissance féminine »

  1. Je ne suis pas assez fan de Marvel, pour aller le voir, mais il m’intrigue, au fur et à mesure que je lis des critiques à son sujet. De toute évidence, sans être époustouflant, il semble valoir le coup d’oeil. A priori, je ne comprends pas comment on peut lui reprocher d’être invincible, alors qu’elle ne l’est probablement pas davantage que Superman, comme tu dis. Et puis, c’est un peu de mauvaise foi de dire qu’on a peur pour la vie des héros, dans d’autres films Marvel, ou dans d’autres films d’action tout court. Et ce, même quand le héros est mortel et ordinaire… Enfin, il faudrait que je le vois pour juger. Pour être franc, j’avais un peu peur que le film joue tellement de l’étiquette féministe qu’on lui colle qu’il en devienne caricatural ou contre-productif, mais ça n’a pas l’air d’être le cas ! Par contre, petite anecdote amusante… Les produits dérivés qu’ils ont trouvé à faire, à Disney Village, ce sont des sacs à main Captain Marvel. Ca remet les choses à leur place xD

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    1. En effet, c’est assez hypocrite. Par exemple Batman, bcp disent le préférer car censé être plus réaliste et plus identifiable, mais en vrai, à partir de quel moment on a peur qu’il meure ? C’est vraiment une critique infondée qu’on sort par facilité j’ai l’impression. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de fondement, mais ce serait bien que les gens qui utilisent cet « argument » se demandent où est vraiment le problème…
      Pour les sacs à mains, c’est ultra maladroit en effet 😂 Mais (et je vais enfoncer une porte ouverte), être féministe ne veut pas dire ne pas être « féminine » (j’utilise ce mot par facilité en parlant de l’image féminine stéréotypée). Au final c’est surtout une question d’équilibre je suppose ^^

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