The Lego Movie 2 : Ode à la maturité créatrice

Il y a cinq ans déboulait le premier long-métrage Lego destiné aux salles de cinéma, et si je n’en attendais pas grand chose, j’ai été largement conquis par cet opus aussi bien magnifique techniquement que scénaristiquement. En 2017 c’est Batman qui avait droit à son film version Lego, et sans surprise (bien que l’équipe en charge soit différente), ce fut encore le coup de cœur. Pour cette suite de The Lego Movie, j’étais également excité mais aussi dubitatif : il me semblait compliqué de réaliser une seconde partie à la hauteur. Je ne pouvais cependant pas rater la sortie cinéma (bien que la distribution du film en France soit étrangement difficile), et… Que j’ai bien fait ! Pour la troisième fois, Lego parvient autant à me toucher par son cœur que son intelligence pour devenir l’un de mes nouveaux classiques.

Cet article ne contient pas de spoilers factuels mais thématiques.

La nostalgie réfléchie

On pourrait rapidement se dire que ces films ont une certaine facilité, les petites briques Lego s’étant implanté dans l’enfance d’un grand nombre de personnes. Serais-je donc aussi enthousiaste parce qu’ils me rappellent des souvenirs d’enfance ? Que nenni, je n’ai quasiment jamais joué aux Lego étant petit, j’étais plutôt team Playmobil. Pourtant, il n’est pas faux de parler de nostalgie quand on en vient aux deux volets de The Lego Movie. Comme pour le premier, et plus frontalement encore, cette suite donne une place prépondérante à l’imagination, et notamment à l’importance de la création, une capacité qu’on a tendance à perdre au profit d’une destruction qu’on imagine moins naïve. Cette fois-ci, l’enfant du premier n’est plus tout seul puisqu’il a été rejoint par sa sœur, déjà teasée il y a cinq ans. De quoi bouleverser la façon de créer, l’histoire étant désormais créée à deux têtes (ce qui est assez bien vu quand on sait que les scénaristes sont le duo désormais bien connu que forment Phil Lord et Chris Miller, déjà sur le premier et récemment applaudis pour Spider-Man: Into the Spider-Verse). Ayant la chance d’avoir deux frères, cette façon de composer une histoire à plusieurs (avec ses bénéfices et ses difficultés) m’a vraiment touché puisque c’est ce que nous faisions nous-mêmes, ainsi qu’une grande partie des spectateurs je suppose.

Duplo The Lego Movie 2
Un regard qui nous veut incontestablement du mal

Peut-être que ce principe de création d’histoire parfois farfelues à partir de simples jouets ne parlera pas autant à la nouvelle génération, je ne sais pas, mais de mon temps (mode vieux con activé), c’était encore la façon principale de s’amuser. De toute façon, les enfants spectateurs ne s’intéresseront pas tant à ce niveau de lecture que le premier, celui de l’aventure pure. Et oui, comme beaucoup de films d’animations aujourd’hui, et peut-être encore plus avec ceux-ci, différents niveaux de lectures sont proposés aux spectateurs. The Lego Movie 2 porte justement son développement sur le passage à l’adolescence, la transition vers l’âge adulte. En effet, l’enfant que nous suivions dans le premier a grandi, cinq ans s’étant déroulés aussi bien pour nous que pour les personnages et leurs jouets. Ses inspirations ont désormais changé pour correspondre aux standards de son âge, creusant un certain fossé entre lui et sa sœur cadette, ce qui s’illustre à travers leurs créations respectives qui s’entremêlent très intelligemment malgré eux.

The Lego Movie 2 Statue de la Liberté
Effondrement des idéaux, allégorie

La maturité n’est pas là où on le croit

Le résultat de ces différences, on le connait via les bandes-annonces : un monde post-apocalyptique façon Mad Max où les habitants ont du perdre leur joie de vivre et devenir « adultes » pour survivre. Si je n’y étais pas très réceptif à priori, j’ai rapidement été conquis par ce portrait, d’autant plus quand l’aspect sombre est poussé à la caricature. Pour faire simple, tout le monde est devenu Batman : torturé à l’extrême. Le chevalier noir a d’ailleurs droit à une place d’importance ici. Suite à son volet solo qui est bel et bien évoqué, Lord et Miller dépeignent un chevalier noir fidèle à lui-même qui s’inscrit particulièrement bien dans le propos global du film, en plus de livrer encore une fois un message pertinent sur le personnage et un grand nombre de références savoureuses. Face à cette vague de « d4rk », un irréductible personnage résiste encore et toujours à l’envahisseur : Emmet, l’incarnation de la bonne humeur et de la célébration (naïve ?) de toute chose, mais qui descendra dangereusement la pente pour sauver ses amis. Toute une métaphore mise à mal, The Lego Movie 2 démontrant que la maturité réside essentiellement dans l’ouverture aux autres. De la même façon, une oeuvre « adulte » n’a pas besoin d’être sombre, pessimiste et destructrice, elle peut largement laisser place à un monde coloré et des messages profondément positifs.

Lucy The Lego Movie 2
Regard porté vers l’horizon, moue boudeuse, style mystérieux

Si The Lego Movie 2 est définitivement marqué par une ambiance et des développements sombres, le film qui reste avant tout une aventure profondément drôle et colorée grâce aux personnages de la sœur, qui sortent nos héros de leur désert torturé pour un monde plein de paillettes. Bien qu’ils tiennent une position d’antagonistes, ils n’en sont pas moins plein de vie et de couleur, parfois jusqu’à l’extrême pour justement jouer avec les idées pré-conçues, l’image qu’on se fait de l’imaginaire d’une jeune fille. Dans cette optique, le film est constamment parsemé de scènes musicales, de chansons grandiloquentes aux envolés dignes de comédies musicales. Particulièrement réussies et entraînantes, elles servent avant tout un propos, que ce soit dans les paroles ou même leur musicalité. Les titres pop parfaitement étudiés qui vont de pair avec ce type de film sont même parodiés puisque The Lego Movie 2 va jusqu’à chanter « Catchy Song », une chanson dont le seul but est d’entrer en tête (et c’est réussi). Lord et Miller jouent avec tous les codes, que ce soit ceux du cinéma, de l’enfance ou de la dualité fille/garçon, particulièrement marquée à travers les jeux justement. Avec en plus l’entrée en jeu de la mère, la présence féminine est particulièrement forte et déterminante dans ce film.

The Lego Movie 2 Un récit resséré
Un récit VRAIMENT resserré sur ses personnages

Malgré le teasing de ce film dès la fin du précédent, je craignais un certain manque de pertinence, de voir un opus simplement greffé au premier. Encore une fois, une idée absolument fausse comme l’indique le titre même « The Lego Movie 2: The Second Part ». Il s’agit d’une seconde partie rebondissant clairement sur ce qu’a établi le premier tout en poursuivant très logiquement ses thématiques avec de nouvelles. L’histoire est alors resserrée sur ses personnages plus que sur l’univers Lego, légèrement moins riche et moins impressionnant, bien que toujours parfait techniquement. Plus intimiste, le développement de quelques personnages déjà connus priment sur tout le reste, même si quelques nouveaux sont introduits, en particulier Rex Dangervest. Celui-ci représente le héros typique des films d’aventures purs, et même leurs interprètes qui endossent bien souvent nombre de ces visages, à l’image d’un Harisson Ford ou d’un Chris Pratt (qui lui donne justement sa voix). Formant un véritable diptyque avec le premier volet, The Lego Movie 2 s’évertue à boucler la boucle en reprenant et complétant le célèbre titre « Everything is awesome », hymne de la bonne humeur qui devient la plus réaliste « Everything’s not awesome » qui demeure toutefois une ode éternelle à la création.

Comme pour le premier volet, Phil Lord et Chris Miller ne font pas que prouver leur parfaite maîtrise des codes du cinéma et de la narration, ils jouent avec. Grâce à la réalisation très efficace de Mike Mitchel, The Lego Movie livre une suite aussi conclusive que pertinente et qui ne manquera pas d’en toucher plus d’un. Plus que de livrer un divertissement sympa, ce second opus finit de confirmer que la franchise trône au panthéon des films d’animations.

6 commentaires sur « The Lego Movie 2 : Ode à la maturité créatrice »

  1. Alors, j’ai vu ce film au cinéma, et je n’écrirai rien à son sujet car il m’est arrivé (rarement et brièvement certes) de fermer les yeux. Je reconnais qu’il y a de très bonnes choses (trois à vrai dire), mais dans l’ensemble, je n’ai vraiment pas aimé. J’en suis d’ailleurs déçu car j’adore l’humour des jeux vidéos LEGO ! Tout d’abord, j’ai été impressionné par le fait que le film ait été fait en prise de vue réelle, même s’il y a des effets spéciaux. Les constructions sont ahurissantes. Ensuite, adorant les comédies musicales, j’ai naturellement été réceptif aux chansons. Pour finir, j’ai beaucoup aimé certains rebondissements inattendus, ou les messages envoyés par le film. Comme tu le dis, la maturité n’est pas là où on croit. Aujourd’hui, on s’imagine qu’il faut toujours être plus mature et ténébreux pour impressionner. Un peu comme des adolescents. Or, un adulte qui maintient son âme d’enfant et sait aimer ou s’amuser, a plus de chance d’être équilibré et heureux ! C’est aussi un message qu’on retrouve dans Kingdom Hearts d’une certaine façon. Mais malgré ces points positifs, rien n’y fait, je n’ai pas accroché aux personnages, aux dialogues et à l’humour. J’ai trouvé certaines références et certaines plaisanteries plus gênantes qu’autre chose. Après, je ne suis peut-être simplement pas le public visé pour ces vannes-là. Personnellement, je n’aime pas le délire autour des licornes, des coeurs, etc. Du coup, il n’est pas subversif à mes yeux d’en faire des méchants, à priori, ahah.

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    1. Visiblement tu as apprécié un grand nombre de choses quand même ! Il est vrai que l’humour de ces films est particulier, différent de ceux des jeux même, mais personnellement j’accroche bien. C’est absurde, mais ça joue toujours sur des codes, des clichés, des références… Enfin c’est typiquement le genre de truc subjectif ça. Mais du coup je suis curieux, tu as vu le précédent volet et/ou le film Batman ? Et si tu détestes les licornes et tout le tralala, tu as du être déçu par la fin en effet 😂
      PS : Tu me donnes une raison de plus de me mettre à Kingdom Hearts !

      Aimé par 1 personne

      1. Honnêtement, je me suis ennuyé fermement au cinéma, ce qui m’arrive rarement. Mais j’essaie de voir le positif dans une œuvre ou de comprendre pourquoi d’autres ont plus aimé. Je n’aime pas trop les gens qui pensent que leur avis est une bulle du pape et que les autres sont des crétins^^ Justement, je voulais découvrir car je n’ai pas vu d’autres films LEGO avant.

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