Sex Education : La bienveillante désacralisation du sexe

Première grosse série événement de Netflix pour l’année 2019, Sex Education promet de parler sans tabou des relations sexuelles. Si vous êtes allés au cinéma récemment, vous n’êtes sans doute pas passé à côté de la publicité pour la série qui averti d’abord d’une scène gênante pour au final nous dévoiler une relation sexuelle banale où la caméra se concentre sur les visages des deux tourtereaux. Une façon de dire d’emblée que la série ne prendra pas de gants, et que non, il n’y a en fait rien de gênant.

Le procédural du cul

Le procédural, c’est un format de série où chaque épisode contient une intrigue auto-suffisante. On utilise souvent ce terme pour parler des séries policières ou encore médicales, qui commencent quasiment toujours avec un meurtre/un problème sur lequel l’épisode traitera. Dans Sex Education, chaque épisode commence avec une scène de sexe ou liée à ce sujet, un problème, pour le traiter durant les quarante prochaines minutes. Une façon intelligente de reprendre ce schéma sur-utilisé pour créer d’emblée un décalage humoristique : le sexe est communément considéré comme un sujet sacralisé, presque solennel, et la série compte bien casser cette image pour le rendre accessible à tous.

sex education confession (1)
Le confessionnal du sexe, très glamour

Sex Education est un réel cours d’éducation sexuelle dans le sens où de nombreux questionnements sont brassés dans le but de briser le tabou et de donner des clés que les adolescents (et plus) n’ont souvent pas en main. Toujours bienveillante et positive, elle sait pourtant garder les pieds sur terre pour ne pas leurrer le spectateur. Tu es vierge ? C’est très bien, il n’y a aucune honte, au contraire, mais évite peut-être de le dire à voix haute, le lycée peut être cruel. Tu es homosexuel et tu l’assumes haut et fort ? Tu fais ce qu’il faut, tu es courageux, mais ton chemin sera jonché d’obstacles. Sex Education est un reflet évident de son époque où de plus en plus de sujets sont abordés, où de plus en plus de personnes s’assument, et où les femmes reprennent la propriété de leur corps. La justesse des propos me fait d’ailleurs penser à certains égards à une autre série Netflix : 13 Reasons Why, qui traite également de nombreux thèmes tabous avec une justesse et une sincérité à toute épreuve. Bien entendu, la tonalité de Sex Education est à des kilomètres de la précédemment citée : il s’agit ici de rire avant tout, c’est une comédie. Et une bien bonne.

sex education otis eric maeve
L’ambiance lycéenne dans toute sa splendeur

Des dynamiques enrichissantes et positives

Si je parlais précédemment d’un format « procédural », Sex Education est avant tout « feuilletonante », c’est-à-dire qu’elle développe ses intrigues, ses personnages et leurs relations sur le long terme, épisode après épisode. On y suit Otis (Asa Butterfield), fils complexé d’une sexologue sans complexe qui se retrouvera à utiliser le savoir transmis par sa mère pour aider à son tour les élèves de son lycée dans leur quête du bonheur sexuel. Au fur et à mesure qu’il aidera son prochain à se comprendre, lui aussi explorera ses doutes et ses traumatismes, tout comme sa mère. Sex Education fait la part belle aux parents, souvent marginalisés dans ce genre, et qui ont ici un vrai rôle à jouer, autant dans le développement de leurs enfants (en positif comme en négatif) que dans le leur. Cela donne souvent lieu à de belles scènes, dont une qui est particulièrement touchante entre un père et son fils homosexuel.

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La mère d’Otis (Gillian Anderson) est trop ouverte et invasive pour son fils

Comme pour toute bonne oeuvre du genre, et parce que c’est inhérent à l’adolescence (et à la vie en fait), Otis développe en parallèle une dynamique amoureuse avec Maeve (Emma Mackey), la rebelle au cœur tendre et à l’intelligence développée. Mais ne vous y trompez pas : malgré l’apparent classicisme du schéma, les personnages s’affranchissent de leur étiquette pour se montrer complexes d’intérêt. Quand Maeve déclare qu’elle aime les personnages féminins complexes, ce sont les scénaristes qui s’expriment à travers elle. La relation que développe Otis et Maeve me rappelle d’ailleurs une autre série Netflix (décidément) : Love, autant pour le type de personnage que sont respectivement les deux tourtereaux que pour l’écriture « réaliste » et dynamique du duo. Un qualificatif qu’on peut également appliquer à l’autre grand « couple » de la série : Otis et Eric (Ncuti Gatwa), le pote homosexuel extravagant. Une relation qui fait fit de la masculinité toxique de notre société et qui frappe d’autant plus au collège/lycée. Malgré des bas, Otis éprouve pour Eric une affection sincère sans se soucier de l’image que cela renvoie. Un exemple profondément beau à voir et représentatif de la bienveillance naturelle de Sex Education.

14 commentaires sur « Sex Education : La bienveillante désacralisation du sexe »

  1. J’ai envie de découvrir cette série et ton article me conforte dans cette idée ! Certains craignent que ce soit une comédie sur le sexe, un peu lourde, mais ça a l’air d’être à tort. Son succès a l’air d’être amplement mérité et j’essaierai de penser à te donner mon avis, lorsque j’aurai vérifié par moi-même !

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    1. C’est bien une comédie sur le sexe, et elle l’assume complètement, mais elle n’en est pas une juste pour rire sans fond. Elle est permise par son époque, mais elle lui apporte quelque chose également. J’espère donc que tu l’apprécieras aussi, et j’ai hâte de savoir ce que tu en penseras !

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      1. Salut ! J’ai tenté, et bien que ça se laisse regarder, je n’ai pas été convaincu. Ca ferait vieux con de dire que j’ai passé l’âge pour ce genre de série, car c’est tout simplement que ce genre ne m’a jamais trop parlé. Attention, je ne dis pas que c’est mauvais pour autant ! Mais actuellement, j’ai beaucoup plus accroché à You.

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      2. Ah dommage ! Bien que je n’aime absolument pas non plus le prétexte de l’âge qu’utilisent certains pour se sentir supérieur, ça doit probablement jouer dans les œuvres se déroulant dans un milieu scolaire. Aussi universels les sujets puissent-ils être, le traitement reste effectué par le prisme d’adolescents, et on peut s’en sentir bien loin je suppose. Mais je suis curieux de savoir plus exactement quel « genre » tu associes à la série, je trouve ça intéressant. D’autant plus que comme toi, j’ai beaucoup accroché à You, qui d’une autre façon joue aussi avec les codes de la comédie romantique !

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      3. J’aurais peut-être dû parler de thématique plutôt que de genre. Il est vrai que je n’ai plus l’âge de m’identifier à des lycéens mais cela ne m’avait pas dérangé dans 13 Raisons. Simplement, même au lycée, mes préoccupations étaient très éloignées des héros de comédies romantiques, et je dirais même portées sur le sexe. Je n’ai donc jamais pu m’identifier à eux et ce n’est pas une thématique qui me parle beaucoup, dans les films et séries.

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      4. Ah oui, si le sujet même de la série ne t’intéresse pas plus que ça, ça devient vraiment compliqué d’accrocher en effet. Mais je partage aussi ton expérience lycéenne dans le sens où ça n’était clairement pas au cœur de mes préoccupations, bien que ce fut un sujet récurrent tout de même, ne serait-ce que par le biais de l’humour. Clairement, Sex Education ne sort pas de nulle part, mais elle exacerbe très largement ce sujet puisque c’est son principe même.

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      5. Je m’incruste ici. Meme en ayant dépassé largement l’âge de l’adolescence, j’ai réussi à m’identifier parmis ces jeunes. Non pas la moi actuelle, mais la moi du passer. Il est donc logique pour vous, en étant adulte et loin des sujets traités que vous ne vous y reconnaissiez pas au moins un peu ! Par contre, pour moi il n’y a pas forcément besoin de se reconnaitre dans les personnages pour apprécier la série !

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      6. Je pense qu’il est important de parvenir à s’identifier d’une façon ou d’une autre, au moins un peu. Et ça peut se faire de plein de façon. C’est pas forcément se reconnaître en un personnage, ça peut être partager des valeurs transmises, une expérience commune (présente ou passée, comme cela semble être ton cas), ou même se retrouver à travers un sujet qui nous est important. A mon avis, ce qui peut gêner avec les séries « adolescentes » (qui se déroulent dans un cadre adolescent tout du moins), c’est la façon dont sont traitées les thématiques, plus que celles-ci. A l’adolescence, les préoccupations ne sont pas forcément les mêmes, ou elles prennent plus d’importance qu’elles ne devraient, les sentiments sont exacerbés, etc. Au final, il faudrait que j’attende d’être plus vieux pour voir si j’accroche toujours autant à ce type de série !
        (Et tu peux t’incruster quand tu veux, ça me fait plaisir d’avoir des retours et de susciter des discussions !)

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      7. En tant que parents, il y a aussi la possibilité de se retrouver dans les parents également, ici ils ont des rôles assez fort. La mère trop intrusive, le père dur mais protecteur, le père dur et froid… Je trouve justement qu’il y a de multiple possibilité de se retrouver rien qu’avec les personnages ! Mais c’est comme tout, les goûts et les couleurs…

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  2. Je suis tout à fait d’accord avec tout ce que tu dis ! Cette série est vraiment génial et tellement nécessaire.
    Un épisode qui a beaucoup fait echo pour moi et celui de la photo de la « chatte ». C’est trop souvent le genre de drame qui arrive, que ce soit aussi poussé avec directement le sexe, ou avec une capture d’écran d’un échange olé olé ou ce genre de chose. Ca arrive beaucoup trop souvent dans la vie d’un ado ce genre d’intimidation et l’épisode arrive a dédramatiser la situation à merveille, enfin c’est comme ça que je l’ai ressenti.
    Bref, c’est une série extra, dans laquelle on arrive à identifier notre nous adolescent dans au moins une des situations et qui permet de s’ouvrir aux expériences des autres (pour les traiter avec plus d’empathie) ou qui tout simplement permet de connaitre l’existence même de ces expériences. Tout ça en étant drôle !

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    1. J’ai aussi aimé cet épisode traitant du « revenge porn », en parler aussi ouvertement ne peut qu’être bénéfique. La scène du « It’s my vagina » est en plus très forte et résonne particulièrement avec le phénomène « Me Too ». Je suis ravi que tu te retrouves dans mon article quant à la bienveillance et l’utilité de cette série. Et cela, d’autant plus si l’épisode dont tu parles t’a directement touché. Même quand ce n’est pas le cas, Sex Education a le mérite de libérer la parole et d’éveiller les consciences, je suis d’accord avec toi.

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      1. Je n’ai pas été touché de la même façon, mais j’ai été humilié sur des erreurs de jugeote et de jeunesse. Même si j’ai essayé de dédramatisé sur le moment, les gens autour de moi faisait vraiment tout pour que je sois 6 pieds sous terre ! C’est pour ça qu’il est de loin celui que je préfère. C’est d’ailleurs pour ça que je suis persuadé que d’autres épisodes puissent toucher tout autant certaines autres personnes ! Comme celui où Eric se fait frapper… Et ça doit surtout permettre aux adultes et parents de se rendre compte des genres de drame qui peuvent se passer dans la vie d’un ado !

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      2. C’est typique de l’adolescence en effet, et je trouve ça bien aussi qu’ils montrent les conséquences que ça peut avoir bien que ce ne soit que des « brimades de gamins ». Quand on est adulte, je suppose qu’on peut perdre de vu cela, ou tout simplement ne pas avoir connu ça, donc comme tu le dis c’est génial si ça peut permettre d’éveiller les consciences !

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