Black Mirror Bandersnatch : L’épisode interactif qui joue avec son spectateur

Il y a peu, j’écrivais un article sur la série interactive Minecraft proposée par Netflix afin de juger l’exploitation du potentiel de ce nouveau format. Particulièrement intéressé par les nouvelles possibilités permises, l’annonce d’un épisode interactif se plaçant dans l’univers de Black Mirror ne pouvait que créer en moi une certaine excitation. Fini les tergiversions, Netflix entre dans le vif du sujet après quelques essais. Il est donc temps d’analyser ce cadeau de Noël pour déterminer si l’exploitation du format est réussie, mais aussi si celui-ci est viable à terme.

Une interactivité ludique et intelligente

Nommé Bandersnatch (en référence à la créature de Lewis Caroll), cet épisode se déroule en 1984 (en référence au roman de George Orwell) et se concentre sur l’adaptation d’un livre interactif en jeu-vidéo par Stephan, un jeune-homme quelque peu névrosé (en hommage à rien du tout ou alors je suis passé à côté). Si l’ambiance est légèrement tendus dès le départ à cause de la relation que Stephan entretient avec son père, tout commence assez normalement avec des choix anodins pour prendre la main sur le système interactif. Une introduction ludique qui plaît dès le départ puisque chaque choix est très fluide et ne nécessite aucun temps de chargement. On regrettera simplement le temps limité pour effectuer son choix, bien que cela participe à la fluidité de l’ensemble.

Bandersnatch Céréales

Rien que le synopsis de l’épisode, on devine qu’une certaine mise en abîme est opérée puisque le récit part d’un livre dont on est le héros, que Stephan souhaiter adapter fidèlement en un jeu-vidéo, et dont la vie est elle-même traitée comme un épisode interactif. Mais ce n’est pas tout, puisque le spectateur (désormais actif) se rend bien vite compte que le film est pleinement conscient de son statut et se joue de lui. Au fur et à mesure qu’il influencera la vie du jeune Stephan, ce dernier se sentira de moins en moins décisionnaire de ses propres choix, allant jusqu’à s’adresser directement au spectateur. Ce traitement des thématiques du libre-arbitre et de l’illusion de liberté sont typiquement ce dont ce nouveau format avait besoin pour prendre son envol et affirmer son originalité.

Quand Netflix te force la main

Si le scénariste avait initialement prévu de créer une histoire en ligne droite avec quelques scènes de choix en fin d’épisode, il apparaît que celui-ci se creuse très rapidement en différentes (nombreuses) branches qui empruntent des voies qui vont du glauque au poétique en passant par le comique. Ce qui est de toute évidence un bon point se doit néanmoins d’être nuancé. En effet, Bandersnatch a la mauvaise habitude de vouloir nous mener vers un chemin précis puisque certains choix nous obligent à revenir en arrière pour prendre la seconde option. De plus, malgré ses treize fins, nombre d’entre elles sont bien peu satisfaisantes et se révèlent de toute façon ne pas être de « vraies » conclusions puisque Netflix n’aura de cesse de nous proposer de choisir une autre alternative. Le but est de faire tester un grand nombre de chemins au spectateur et de l’encourager à tenter d’aller plus loin dans l’arbre de choix (qu’un internaute a dessiné ici, si ça vous intéresse), constitué de cinq branches conclusives majeures. Ainsi, au bout d’un certain moment, l’expérience de visionnage se montre moins amusante par le sentiment de tourner en rond. Il faut néanmoins considérer la probabilité que cela soit absolument volontaire pour servir le propos de l’épisode, qui nous dira franco dans un des embranchements que le principal est de simplement donner au joueur l’impression de choix absolu. 

Bandersnatch Game

Une expérience à considérer comme telle

C’est donc finalement bel et bien comme une expérience et non pas comme un film qu’il faut considérer Bandersnatch. Et oui, pour pleinement apprécier ce nouveau volet de Black Mirror, il faut s’affranchir des schémas de jugement que l’on applique à un épisode classique. L’histoire déroulée ici n’en est pas moins une vision d’auteur, elle s’émancipe simplement de la linéarité à laquelle nous sommes habitués pour fournir un propos fragmenté. Quant à la tonalité malsaine et perturbante propre à Black Mirror, elle est bel et bien présente, mais de façon moins troublante et plus amusante puisque cette expérience se présente réellement comme un jeu, probablement de par le fait qu’elle brise la quatrième mur. Ce format ne signifie pas pour autant une absence d’enjeux, Life is Strange l’a par exemple prouvé avec un scénario qui implique réellement le joueur et le force à prendre des décisions difficiles qui l’affectent.

Bandersnatch Studio

Après le visionnage (ou revisionnage) de cet épisode, une question se pose : Bandersnatch marque-t-il l’ascension d’un nouveau genre ? Il faut d’abord rappeler que l’arrivée de cet épisode s’inscrit dans une stratégie à long terme puisque Netflix a commencé dès l’an dernier à tester ce format. D’abord sur les enfants, puisque c’est le public le plus enclin à vouloir jouer avec ses personnages, puis sur les adultes. La plateforme de straming met d’ailleurs toutes les chances de son côté puisqu’un programme spécialement dédié à l’écriture de film interactif a été développé à l’occasion de la création de Bandersnatch. Netflix aimerait ainsi par la suite développer ce format sur d’autres genres : l’horreur, la comédie, la romance. Un potentiel réellement présent, mais il faudra voir si l’interactif se montrera pertinent à long terme, l’intérêt de Bandersnatch résidant principalement dans le dialogue méta qu’il entretient avec le spectateur. Dans tous les cas, Netflix nous aura au moins proposé une expérience unique et intéressante, malgré les défauts qui viennent parasiter son appréciation.

7 commentaires sur « Black Mirror Bandersnatch : L’épisode interactif qui joue avec son spectateur »

  1. Tu as raison, il faut voir cet épisode comme une expérience. J’en ai déjà beaucoup entendu parler et ton article me donne envie de le tester. Je suis convaincu que nous assistons à la naissance d’un nouveau genre.

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    1. Il me paraissait important de mettre un point d’honneur à bien utiliser ce terme, de nombreuses personnes le jugeant malheureusement comme un épisode traditionnel. Mais comme tu le dis, ce n’est probablement que le début d’un nouveau genre, il nous faut aussi le temps de nous y habituer et de revoir nos critères de jugement !

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  2. J’ai trouvé cette expérience nouvelle appréciable, par son coté ludique mais ça s’arrête là. Même si on peut trouver rigolo d’introduire Netflix dans un des possibilités et donc de nous inclure dans le film, je trouve la façon de toujours nous amener là où ils veulent totalement décevante. Comme tu l’as dit peut être était-ce voulu, mais j’ai trouvé justement que ça allait totalement à l’encontre du procédé de choix multiple. La mort d’un personnage nous ramenant à un choix précédent, me laissait un goût amer, pourquoi ne pas laisser un des personnages mourir et continuer sur cette voie ? Là on aurait vraiment le choix et une fin vraiment variable. Là, la seule chose que nous avons c’est un : « Mauvais choix, essai encore ».
    J’ai donc été déçu de cette expérience Black mirror. D’ailleurs j’ai trouvé étrange que Black mirror propose ce film. Eux qui d’habitude démontrent les points les plus négatifs d’une technologie trop poussé pour son utilité, nous propose une technologie trop poussé, pour le film lui même (qui est relativement plat si on suit le chemin qu’ils veulent), pour l’époque (il est le seul actuellement, ce n’est donc pour le moment pas une technologie établie), et pour son utilité (la façon de l’exploité étant la mauvaise d’après moi)…
    OUF, j’espère que tu as compris où je veux en venir. C’est bien plus dur d’exprimer son avis à l’écrit haha

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ah, je comprends ce que tu veux dire oui, et c’est un point de vue intéressant. Mais je ne considère pas cette « technologie » comme trop poussée, au contraire ce ne sont probablement que les balbutiements. En revanche j’avais lu un article qui imaginait que cet épisode était en fait pour Netflix une façon de personnaliser son offre et ses recommandations selon chaque utilisateur. En gros : analyser nos choix pour ne plus qu’on ait à en faire. Je te laisse le lien si ça t’intéresse : https://biiinge.konbini.com/reviews/bandersnatch-bien-plus-meta-flippant-croyez/. Si on prend cet épisode dans ce sens, ça a bien un réel intérêt d’être une oeuvre Black Mirror. Mais ça reste largement théorique, et en tant que tel, l’épisode ne parvient pas à procurer un plaisir important. Comme tu le dis, il est frustrant, et même si c’est volontaire, ça n’en joue pas moins contre eux.

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      1. Je n’arrive pas à ouvrir ton lien :/ Du coup je pense polémiquer dans le vide si je n’ai pas tous les éléments.
        Si le réel intérêt est d’analyser les choix, il faut voir comment s’est traité, mais sur le film, nous nous sommes partager la télécommande avec mon conjoint, deux choix moi, deux choix lui et ainsi de suite ! Il y a des jours où on a envie d’être sadique, d’autre où on est gentillet. Il y a les fois où les choix seront des choix de groupe… Il faut vraiment voir comment ce sera traité !

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      2. Ah mince. Normalement ne tapant « Konbini Bandersnatch » sur Google tu peux retrouver facilement l’article, si ça t’intéresse !
        Et pouvoir jouer avec son humeur c’est aussi l’intérêt des jeux narratifs/films interactifs je trouve. Pouvoir refaire l’histoire en adoptant un autre comportement, presque en jouant un autre personnage en fait, ça a qqch de très satisfaisant !

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