[Review Ciné] Lego Batman, le film (Sans spoilers)

Réalisation : Chris McKay

Scénario : Seth Grahame-Smith

Doublage : Will Arnett, Michael Cera, Rosario Dawson, Ralph Fiennes, Zach Galifianakis, Siri…


Trois ans après le carton aussi critique que commercial que fut The Lego Movie, la firme aux briques revient avec ce spin-off centré sur le plus noir des super-héros : Batman !

The Lego Movie avait déjà fait forte impression au niveau de sa réalisation tout en restant dans un certain aspect cheap totalement assumé et assumant son univers. Lego Batman place la barre plus haut encore avec le parti pris d’une mise en scène très hollywoodienne, notamment dans sa première partie. Il est la preuve que cet univers n’a décidément aucune limite et peut-être un sérieux compétiteur dans le domaine de l’animation. C’est donc ici un véritable feu d’artifice qui nous est proposé, notamment lors des scènes d’actions qui fourmillent de détails et de couleurs grâce à une galerie de personnages complètement déjantée et diversifiée, ainsi que par ses décors et ses véhicules, dont la seule limite est l’imagination humaine. Mais les scènes d’actions ne sont pas les seules à profiter de ce festival de détails : le film est rempli de références plus ou moins visibles aux films Batman, aux comics, et à la pop culture plus généralement. Ainsi, tout le monde peut y trouver son compte, et il est impossible de relever en un visionnage tous les easter-eggs tant ils sont nombreux.

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Il était difficile de passer après l’intelligent et comique détournement du monomythe de Campbell qu’utilisait comme l’un de ses principaux atouts The Lego Movie. Sans nécessairement avoir cette force et cette universalité, Lego Batman s’en tire très honorablement sur son intrigue. L’excellente promotion autour du film mettait bien évidemment l’accent sur l’humour caractéristique de Lego, mais elle préparait déjà le spectateur à ce qui allait être son thème central : la solitude de Batman. Le grand public a pour habitude de penser que celui-ci est un héros ultra solitaire dont l’accompagnement n’est qu’un boulet traîné pour l’humour. Ce film a l’intelligence de prendre cela comme élément de départ, Batman le pensant lui-même, et ne pouvant être plus en tort. C’est donc en utilisant au mieux la dérision que le film nous plonge dans de forts moments d’émotion, développant la peur et le besoin que ressent Bruce quant au fait de faire partie d’une famille à nouveau.

Cette approche s’avère des plus convaincantes, faisant espérer que chacun comprendra en quoi la bat-family est importante et nécessaire. Le développement des relations tient ainsi une place centrale au sein du film, autant avec Dick Grayson le fils adoptif, Barbara Gordon la nouvelle commissaire ou Alfred Pennyworth l’éternel majordome et père de substitution. Mais le film ne se contente pas d’une dynamique de famille, nous offrant également une réflexion quant à ce qui fait de Gotham ce qu’elle est et sur la relation ambiguë existante entre la cité et son protecteur. Ainsi, on pourra noter que la grandeur de ce dernier lors des scènes de rescousse au sein de sa ville n’a d’égal que sa petitesse une fois seul, confiné dans son manoir et en lui-même. En plus de tout cela, la relation Joker/Batman se retrouve sous le feu des projecteurs une nouvelle fois, sous un angle quasi-romantique mais néanmoins très juste, toujours sous couvert d’humour avec notamment un Joker pathétique. Mais au final, Batman ne le serait-il pas plus encore ?

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Cet aspect est particulièrement bien rendu par Will Arnett, qui utilise sans cesse une voix très grave, que ce soit pour Bruce ou son alter-ego. Une impression de too-much positive en ressort : le trait sombre et « badass » de Batman est ici grossi, donnant l’effet premier désiré, mais ajoutant une touche d’auto-dérision essentielle. Sans aucun doute, on peut dire que oui, Will Arnett EST Batman. Un Batman chantant et jouant du métal qui plus est, pour aller au bout des choses. Le reste du casting vocal n’est pas en reste non plus en étant constitué de noms de premiers choix. Ralph Fiennes est très convaincant dans le rôle du majordome pince-sans-rire à l’accent british, Rosario Dawson nous livre une Batgirl ambitieuse et énergique, Michael Cera rend parfaitement le côté candide voulu pour le personnage de Robin, et Zack Galifianakis n’a pas à rougir non plus puisqu’il nous donne un Joker convaincant. Bref, on sent que le travail a été effectué avec cœur et sérieux, tant dans le choix des voix que dans l’exécution en elle-même.

Toujours dans l’aspect sonore du film, ne pas mentionner la musique serait un affront. En effet, un point d’honneur est également mis à ce niveau. Le film reprend de nombreux titres bien connus, souvent pour jouer sur le décalage humoristique que cela apporte, mais pas seulement. De plus, il est parsemé de compositions originales réussies et surtout diversifiées. Ainsi, on y trouve des thèmes blockbusteresques (certains composés par le talentueux Lorne Balfe que l’on connait notamment pour plusieurs jeux Assassin’s Creed), réutilisant parfois même des sonorités déjà jouées pour le personnage auparavant. D’autres thèmes joueront sur l’émotion ou encore renforceront le comique, la couleur ou le fun du film. Une utilisation judicieuse et consciente, en somme.

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Bien que bourré de qualités, le film n’est cependant pas parfait. On peut noter certaines caractérisations de personnages assez étonnantes. Si le but des film Lego est de tourner en dérision, on peut toutefois se demander s’il était réellement nécessaire de donner cette vision de Robin. L’objectif est bien évidemment de jouer sur l’image que renvoie ce personnage généralement, souvent associé à l’idée d’un garçon inutile et ridicule, si ce n’est plus parfois. Mais dès lors que le nom de Richard « Dick » Grayson est lancé, n’y a-t-il pas une certaine exigence qui s’installe ? Robin est ici plutôt générique et se cantonne au concept plus qu’au personnage l’incarnant. Néanmoins, certaines caractéristiques sont conservées : les talents acrobatiques, l’enthousiasme à accompagner Batman, et même une allusion à son futur de Nightwing. En soi, le rôle que doit accomplir le personnage est complètement réussi : c’est un comic-relief efficace en plus d’être un garçon touchant. Mais il est peu probable que ce soit avec ce film que l’idée de Robin sera réhabilitée auprès du grand public.

Autre aspect que l’on pourrait reprocher : le film se perd parfois légèrement à force de trop vouloir en faire. Si la générosité accordée tant au niveau de l’action ou des personnages est louable et appréciable, elle peut perdre également lors de bref moments en faisant tomber le récit dans une tournure plus générique elle aussi. Rien de grave cependant, l’originalité  de la formule Lego restant bien présente dans l’ensemble de l’oeuvre en offrant un regard sur elle-même et sur l’ensemble des adaptations du personnage plus généralement.

Ne boudons pas notre plaisir, Lego Batman en procure à foison. Arrivant à mêler humour et émotion, une thématique intéressante et un voyage dans le plus grand des n’importe quoi, un nombre de références incroyable et une réalisation grandiose, le film plaira sans doute à tous les publics, du plus jeune au plus expérimenté, du plus néophyte au plus connaisseur. Bref, on en veut encore !

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